« J’ai commencé à réfléchir à L’Européenne aux lendemains du référendum sur la Constitution de 2005, écrit David Lescot dans sa note d’intention. Comme j’ai besoin d’inventer un titre avant d’écrire une pièce, je l’avais intitulée Europe réanimation. J’avais alors l’idée d’un vieux corps malade, mais aussi d’un Nouveau Monde, à construire, qui était tout aussi bien un monde très ancien, et dont de toute façon personne ne voulait. Déjà les représentations se mêlaient, comiques et morbides, celle d’une machine très compliquée, au fonctionnement paradoxal. Alors j’ai projeté ma situation, celle de devoir représenter l’Europe, à l’intérieur de la pièce elle-même. De l’Europe, jusqu’alors, je n’avais été amené à formuler qu’une réponse un peu lapidaire, un peu binaire (oui ou non). Mais depuis quelque temps il nous faut être plus européens qu’auparavant. Nous sommes dans l’Europe. Mais l’Europe est-elle en nous ? Quelle représentation, individuelle ou collective, sommes-nous capable d’en donner ? Serons-nous à la hauteur de "l’année européenne du dialogue" dont on nous a prévenus qu’elle aurait lieu l’an prochain ? Pour répondre à ces questions, et écrire le texte de la pièce, j’ai cru bon de me scinder en plusieurs figures : une linguiste wallonne adepte de l’ "intercompréhension passive" ; un compositeur désireux de raviver les symboles usés de l’Europe ; un poète qui planche sur la première épopée européenne ; un performer portugais révolté ; une installatrice berlinoise qui redépouille indéfiniment le référendum ; trois musiciens en quête d’orchestre ; une sous-déléguée à la Direction générale des affaires culturelles de la Commission européenne chargée d’encadrer les précédents ; la plus vieille Européenne encore vivante, escortée par une fantomatique jeune femme slovaque. Il y aura donc sur la scène les rythmes, les souffles, les mots, les musiques et les langues de l’Europe. Ce sera je crois comme une cacophonie minutieuse, ou mieux, une harmonie débridée. » David Lescot, Note d’intention

 

Et Colette Godard de présenter le spectacle ainsi : « Ils sont toute une bande, venus des pays de l’Union Européenne, dans l’espoir de mettre au point quelque chose comme un projet de culture commune à notre vieux continent. Tâche herculéenne : l’Europe, c’est 27 pays et 23 langues – sans compter les régionalismes. Donc pour bien faire, chaque interprète ne pouvant en traduire qu’une seule à la fois, ils devraient être au minimum 23 fois 23. Élevé en dehors de toute religion, de tout dogme et dans une tradition d’esprit critique David Lescot ne peut se passer de l’humour. Y compris dans sa façon d’appréhender la vie, le monde, l’humanité et donc l’Europe à laquelle il est fortement attaché. Il rêve d’ailleurs sincèrement d’une culture spécifique et particulière, qui tiendrait compte des différences. Pour le langage commun, c’est un autre problème. Il mise davantage sur la musique. D’abord il est musicien, ensuite même si tout le monde ne l’est pas, chacun peut suivre, et retenir, une chanson dont il ne comprend pas les paroles. Des chansons, il y en a, des airs de tous genres d’autant que l’un des motifs de cette réunion est un nouvel hymne censé réunir les Européens anciens, nouveaux et futurs, en remplacement de celui à la joie, que jadis composa Beethoven. D’où un spectacle en forme de revue bien déjantée, qui, avec une affolante perspicacité capte les espoirs et leurs dérives. David Lescot ne se moque pas. Il pointe les ridicules tout en faisant circuler une générosité que l’on aimerait rencontrer chez les politiques… » Colette Godard, sur le site du Théâtre de la ville de Paris

A suivre donc…

 

L’Européenne de David Lescot, au Théâtre des Abbesses à Paris du 22 septembre au 7 octobre 2009

 

Plus d’infos sur le spectacle : http://www.theatredelaville-paris.com/spectacle-leuropeenne-137

 

Plus d’infos sur David Lescot : http://www.theatredelaville-paris.com/artiste-david-lescot-51