À l’aube de ce millénaire, le généticien et philosophe Albert Jacquard, nous prévoyait cette nouvelle ère comme étant celle où les réseaux seraient les modes de fonctionnement les plus porteurs. Et c’est bien au départ d’un réseau de formes que cette exposition a été engendrée. S’agit-il d’une structure tentaculaire, tels ces cubes que l’on voit progresser dans La Fièvre d’Urbicande ? (Schuiten et Peeters - 1985) On se retrouve en tous les cas dans un maillage formel qui se double d’une trame relationnelle.

“Les artistes sont des individualistes et des solitaires” entend-on parfois…

Est-ce véritablement le cas ? N’ont-ils pas, eux aussi, ce plaisir de la rencontre et du partage ?



L’exposition ”Le Cube au Carré” est un peu le fruit de ces multiples connivences qui, comme la trame de la toile d’araignée, se sont tissées au fil du temps. A présent, et durant plusieurs mois, elle rassemble dans un même parcours un grand nombre de sensibilités complices.

Des créateurs qui, peut-être, ont été marqués de manière indélébile par les jeux de cubes de notre enfance ou même les marges quadrillées de nos cahiers ! Cette exposition regroupe des artistes connus qui sont des « pratiquants » du thème qui nous occupe ; certains d’entre eux, en outre, ont proposé des oeuvres qui n’avaient pas encore été révélées, voire montrées. D’autres travailleurs acharnés dans ce domaine, « travailleurs de l’ombre », moins attachés à la diffusion de leur recherches, ne sont toutefois pas des inconnus ; dans bien des cas, l’intensité de leur labeur n’a d’égale que leur discrétion dans le monde des expositions. Une première liste de noms fut aisément dressée, la suite a été le fruit de rencontres successives, de découvertes accidentelles, d’un travail acharné d’exploration ou encore, de confraternelles informations et recommandations. Quelques-uns auront été oubliés, et nous le regrettons, car l’idée qui a prévalu pour cette exposition (proposée aux Amis des Musées de Verviers dans les années ‘90 et ré-activée en 2007) a été de réunir les artistes résidant en Belgique et dont le travail - ou une période importante de celui-ci en tout cas - s’apparente à la famille des cubes et des carrés. Une sorte de grande réunion de famille, en fait !

Ce qui est donné à voir ici tient parfois de la révélation et si d’aucuns qualifient déjà l’exposition Le Cube au Carré d’événement culturel, l’expression n’est probablement pas exagérée. Les principes qui lui ont donné naissance sont eux aussi inattendus, s’attachant en priorité à l’œuvre et à ce qu’elle dégage, plutôt qu’à la renommée de son auteur. Un cheminement aléatoire dans l’exposition permet d’appréhender différentes manières d’apprivoiser le cube et le carré ; les parcours de chacun sont matière à éveiller des résonances.

En explorant les géométries de Drisch, De Meijer, François, Lemaire ou Winant, on pourrait penser à une rigueur toute masculine, propre aux ingénieurs par exemple…ou se tromper magistralement. A contrario, des matériaux fluides et fins pourraient classiquement être rattachés à une sensibilité féminine ; des Crunelle, Liebhaberg, Linthout, et Solvay sont là pour nous inviter à revisiter nos critères. Les arrondis et les détours de la géométrie seront - en ce sens - aussi déconcertants chez Bering, Billeke et le regretté Noël Jacques. Le domaine de la récupération, cette réutilisation qui donne vie, ou plutôt qui rend vie, à de merveilleux “ramassis” se trouve remarquablement illustré par Aser et Cordonnier, tous deux détenteurs d’un regard électif rare, celui qui sélectionne LE fragment parmi la multitude.

Pour d’autres, la construction, dans son aspect quasi-architectural, est prédominante ; voyons Delpierre et Dukers par exemple. La vibration induite dans les oeuvres de Stan Hensen et de Pierre Van nous invite au jeu du va - et - vient, ce qui en émane varie avec la proximité ou la distance du spectateur. Les assemblages cubiques aux couleurs élémentaires dus à André Dumont - cet homme plein d’humour, tout récemment disparu - peuvent converser dans une égale rigueur avec les subtiles nuances des aquarelles de Luc Mondry dont la majeure partie des compositions furent, jusqu’à ses dernières oeuvres, profondément imprégnées par la forme carrée et ses dérives. Pousser un matériau dans ses derniers retranchements et en extraire les formes et traces essentielles semble être la ligne de conduite d’artistes tels que Dubois, Lance, Stalpart et Thirion. Chez Eveline Renard et Ariane Bosquet un travail sur la surface, son épaisseur et ses composantes affleurantes nous amène, chez l’une, au jeu de la ligne et de l’ombre et chez l’autre, dans des couleurs qui ont traversé les mers. Les sculptures de Marco Winnertz, qui avait exposé à Verviers quelques années avant sa trop précoce disparition, tout comme celles de Legrand, Lenders et Zinck, nous entraînent vers l’éloge et la maîtrise de la matière au service de LA forme. Maqwar (Maquet & Warmoes et inversement) ne nous surprend pas uniquement par les matériaux utilisés (sucres et gabions d’acier) car ce travail résulte d’une régulière collaboration sur des projets précis. Osons, à ce propos, citer Jean-Pierre Vlasselaer (Ministère de la Culture) qui, évoquant les connivences formelles et amicales entre Noël Jacques et Van der Auwera (reliefs de terre en colombins et sculptures-socles en acier oxydé) écrivait : … avec une liberté rare, cette collaboration crée une complicité nouvelle … Tout en finesse et en subtilité, partant des délicats papiers, en passant par des broches en bois précieux pour aboutir aux structures aériennes et métalliques, arrêtons-nous enfin aux travaux des Garot, Larondelle, Linthout et Prayet.

L’exposition Le Cube au Carré peut se traduire par une formidable envie de provoquer une rencontre, à travers âges, régions et langues, entre les membres d’une même famille ayant - à tout le moins - un domaine de formes en commun.

Certains se connaissaient hier, d’autres se découvrent aujourd’hui.

Demain est un autre jour..."

Bob Van der Auwera Janvier 2008

Exposition du 25 octobre au 27 novembre 2009 à la Maison de la Culture Famenne-Ardenne (chaussée de l'Ourthe 74, 6900 Marche)

Vernissage, le dimanche 25 octobre à 16 h, précédé d'une visite guidée à 14 h au Musée de la Famenne où est présentée la partie historique de l'exposition : les années '20 et les années '50 (17 rue du Commerce 6900 Marche). La visite se poursuivra dans les espaces liés de la Maison de la Culture et de la Bibliothèque.

Horaires d'ouvertures des espaces de la Maison de la Culture Famenne-Ardenne et de la Bibliothèque Du lundi au vendredi de 10h à 18h | samedi et dimanche de 14h à 17h Fermé les 1er et 11 novembre | accès gratuit

Horaires d'ouvertures du Musée de la Famenne Du mardi au samedi de 10h à 12h & de 13h à 17h Dimanches, 1er et 11/11 de 14h à 17h Accès : 3 EUR / Seniors et étudiants : 2 EUR / < 6 ans : gratuit

Voir aussi le programme général de la manifestation Le Carré dans tous ses états à Marche et à Rochefort