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samedi 1 janvier 2011

Editorial # 2: « L’art, un principe actif ? »

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« Principe actif : partie composante d'un corps chimique ou d'un médicament, qui lui confère des propriétés particulières. » (Dictionnaire français de médecine et de biologie, t. 3, 1972)

 

« L’art, un principe actif ? » Cette question constituait, à peu de choses près, la totalité de l’appel à contributions que nous avons lancé pour ce numéro. Il nous importait de laisser ouverts tous les possibles, toutes les pistes pour tenter d’approcher ce que l’art – ce que nous appelons « art », ce qui nous parle et nous saisit comme art – produit comme réaction, au sens chimique du terme, dans notre espace intime et dans notre espace commun.

 

Des arts plastiques aux arts de la scène, en passant par la musique ou la littérature, de la « Vieille Europe » au « Nouveau Monde », d’hier à aujourd’hui, les propositions que nous avons reçues ne se privent pas d’explorer de multiples horizons, parmi une infinité d’autres sans doute. L’art pour guérir. L’art pour apprivoiser la mort, les morts. L’art pour s’inventer une identité. L’art pour sauver l’éphémère, l’art pour sauver la mémoire. L’art pour reconfigurer les coordonnées du réel pas si inamovibles qu’on le croit, l’art pour s’expérimenter autrement. Les principes actifs de l’art pour faire fuir la belle assurance de l’Art institutionnalisé.

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L’ « Art de l’autre » : Alix Cléo et Jacques Roubaud

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Alix Cléo Roubaud, gravement asthmatique depuis l’enfance, était hantée par la maladie et la mort. Mais elle était aussi photographe et il semble que la photographie ait joué un grand rôle pour l’aider à vivre. Terrassée par une embolie pulmonaire à 31 ans, elle laisse son mari seul. Or, pour Jacques Roubaud, l’écriture devient le seul geste efficace pour vaincre l’anéantissement et penser la mort de l’être aimé. Il se lance dans un exercice systématique de « prose de mémoire », qu’il intitule Le Grand Incendie de Londres, et un travail de poésie qui donnera Quelque chose noir.

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« Dans le style » : esquisse d’une mise en forme de l’émancipation

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« Mais les êtres s'échappent toujours, et nous leur échappons aussi, ils sont sans contours fermes. La vie, de ce point de vue, est sans style. Elle n'est qu'un mouvement, qui court après sa forme, sans la trouver jamais. »

Albert Camus (L'Homme révolté)

En cette ère où s'accumulent et se dispersent les sphères détachées du monde sensible, l'art est à la recherche du principe même de sa propre inscription dans le réel, et donc de sa capacité à transformer celui-ci. La notion de style, trop souvent évacuée en sciences sociales, constitue un point d'appui significatif pour développer une réflexion sur le caractère manifeste de l'art.

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Claude Régy et François Tanguy, artisans d’un théâtre apolitiquement politique

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« Le politique ne peut apparaître au théâtre que de façon indirecte, sous un angle oblique. Le politique acquiert de l’importance au théâtre uniquement à cette condition précise que l’on ne peut en aucun cas le traduire ou le retraduire dans la logique, la syntaxe et la terminologie du discours politique en usage dans la réalité sociale. Cette constatation nous mène directement vers une formule paradoxale, en apparence seulement, à savoir que l’on doit penser le politique non pas comme représentation, mais comme irruption du politique. »

Hans–Thies Lehmann, « Sarah Kane, Heiner Müller : approche d’un théâtre politique » in Danan, J., Ryngaert, J.–P., Ecritures dramatiques contemporaines (1980-2000) - L’avenir d’une crise, Etudes Théâtrales, n° 24–25, Louvain-la-Neuve, 2002, p. 162–163.

 

Pensé comme « irruption du politique », le théâtre politique contemporain est un contre–modèle au réalisme politique qui, à partir d’un maillage implacable d’images et de discours, impose une représentation unique qu’il prétend être la seule version possible du monde. Ceux qui contestent les « vérités » de ce réalisme politique sont taxés d’immaturité et de fantaisie. Résistant à ce dogmatisme politique, l’esthétique affirme que le monde n’existe pas en dehors des représentations qu’on en a et qu’il y a, dès lors, autant de mondes que de visions du monde. Démultiplier les angles, réaliser des contrechamps : le combat est aujourd’hui esthétique.

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« Des machines à faire des vierges » – Etude analogique entre la pratique artistique de Piotr Kowalski et le training de l’acteur

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Piotr Kowalski (1927-2004) demeure incontestablement un électron libre, un artiste difficilement classable dans les taxinomies actuelles des historiens de l’art. L’étude de son œuvre protéiforme, ancrée cependant dans une démarche des plus cohérentes, tend à démontrer que le principe actif prend forme dans une perspective synaptique. L’homme n’a eu de cesse de créer des zones de contact en confrontant le vocabulaire artistique et scientifique. Ainsi, Piotr Kowalski rend le spectateur actif en déconstruisant dans un premier temps ses acquis. La (re)construction qui s’ensuit se formule comme une mise en abyme : apprendre à apprendre. L’analogie avec le training d’acteurs, et plus précisément les pratiques de l’Odin Teatret, élargira l’analyse de cette démarche. Comment apprend-on à apprendre ? Comment rendre la perception vierge ? A travers cette association entre production plastique et exercice de l’acteur, la démarche artistique tend à se définir comme processus de recherche.

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