La chanson de tradition orale pour enfants en langues kanak (Nouvelle-Calédonie) : un principe musico-culturel actif, en renouvellement constant
Par Stéphanie Geneix-Rabault, dans La Revue -# 103 - Fil RSS
Il ne s’agit pas dans cet article de momifier la
tradition du chant enfantin, mais plutôt de fournir des éléments précis de
réponse sur son fonctionnement et son évolution. Je chercherai donc à démontrer
comment, en tant que phénomène musico-culturel actif, elle se perpétue, se
transforme et se réactualise dans une société elle-même en pleine mutation.
Malgré l'irruption des Occidentaux dans son univers en 1774, cette civilisation a pu conserver l'essentiel de la culture qui fonde sa vie sociale et sa pensée, tout en s’adaptant à la présence des Européens. Longtemps considérés comme des acteurs de formes culturelles révolues, comme « des spécimens sortis de la préhistoire », les Kanak ont affirmé leur identité, depuis le festival Melanesia 2000 en 1975 et l’émergence des mouvements indépendantistes. La musique, la danse, l’art plastique et la littérature en sont l'expression privilégiée.
Aussi, même si les fonctions artistiques ont
changé, ont évolué au gré des influences extérieures et des changements
historiques et sociaux, les formes et leurs significations socioculturelles
demeurent étroitement liées dans les œuvres plus contemporaines. Car la culture
artistique locale n’est jamais totalement détruite, elle est seulement
submergée et doit se réadapter à d’autres facteurs étrangers à la culture
d’origine.
L’histoire spécifique de ce territoire confère donc
aux expressions artistiques des caractéristiques propres, qui existent dans un
espace aux frontières imprécises, où se rencontrent et s’enrichissent les différentes
cultures en présence. Encore bien vivaces, elles conservent des spécificités et
des caractéristiques propres, qui combinent immuablement des apports du passé
et du présent, tout en s’inscrivant dans une démarche contemporaine.
La présentation générale de
la Nouvelle-Calédonie
La Nouvelle-Calédonie se situe dans la partie
sud-ouest de l’océan Pacifique, à environ
Ce sont les Austronésiens qui explorent l’Océan
Pacifique et peuplent la Nouvelle-Calédonie en 1000 av. J.-C. Partis des
archipels mélanésiens du Nord, ils s’installent sur le territoire calédonien,
pour s’aventurer ensuite aux îles Fidji, puis en Polynésie occidentale. Par la
suite, d’autres vagues migratoires de groupes plus ou moins importants
viendront se joindre à ces premiers occupants et contribuer ainsi à la
formation de la population autochtone du territoire calédonien[3].
C’est le capitaine européen James Cook, qui, en débarquant
en septembre 1774 à Balade au nord de la Grande Terre, lui attribue le nom de New
Caledonia - en souvenir des rivages de son Écosse natale. Quelques
explorations françaises s’effectuent ensuite à la fin du XVIIIe et
au début du XIXe siècle, mais contrairement à l’histoire de la
colonisation en Afrique, l’évangélisation précède l’administration en
Nouvelle-Calédonie. Elle s’implante en trois phases successives : dès 1842 avec
les évangélistes polynésiens, puis en 1843 avec les ministres britanniques de
la London
Missionary Society[4] (LMS), et enfin en 1844 avec les pères Maristes.
La présence des missions catholiques françaises
conjuguée à un climat politique agité, la situation géographique avantageuse de
ce territoire et ses ressources minières extrêmement prospères incitent
Napoléon III à établir une nouvelle colonie pénitentiaire. Cet empereur annexe le
territoire calédonien en 1853, qui se transforme dès lors en colonie de
peuplement.
À partir de l’installation de la colonie
pénitentiaire, la population européenne ne cesse de s’accroître[5] : les Kanak[6] deviennent progressivement
minoritaires, en partie à cause de l’arrivée massive d’occidentaux, mais aussi
à cause d’une chute brutale de la démographie. Á la dépossession des terres, la
fragmentation et l’isolement dans les réserves[7], s’ajoutent les épidémies
et la montée de l’alcoolisme.
Tous ces bouleversements successifs, résultant
de l’arrivée des Européens, sont lourds de conséquences sur la société kanak,
l’espace traditionnel, les modes, les activités de production, et par
extension, l’organisation sociale et la démographie. Ils sont en partie à
l’origine de l’agitation socio-politique qui conduit le pays au bord de la
guerre civile dans les années 1984-88, période dite des Evénements.
La signature des accords de Matignon-Oudinot en
1988 y met un terme et engendre la partition actuelle du territoire en trois
provinces : les provinces Sud, Nord et celle des îles Loyauté. Au plan
institutionnel, après avoir été une colonie puis un territoire d’outre-mer
rattaché à la France, la Nouvelle-Calédonie est désormais une collectivité
française du Pacifique, appelée, selon les termes de l’accord de Nouméa (1998),
à s’émanciper progressivement.
Les influences précoces du
répertoire religieux
Aborder les critères historiques, sociaux et
politiques permet de mieux définir ceux d’ordre esthétique, culturel et
musical, des expressions chantées de tradition orale. Il convient donc de
resituer le contexte socio-historique dans lequel la musique évolue pour
permettre d’interpréter et de comprendre au mieux ses caractéristiques
actuelles.
L’origine et l’intégration de nouvelles
expressions musicales attestées dans les sources diachroniques existantes prennent
naissance au moment même où les missionnaires arrivent et traduisent la Bible
en langues kanak. Pour atteindre leurs objectifs d’évangélisation, les
religieux de la LMS vont très vite mettre en place des établissements
d’enseignement théologique – pour la formation des missions autochtones – et
fonder parallèlement des maisons d’impression – pour diffuser le message
chrétien et les chants en langues kanak[8].
Au fil du temps, ces nouvelles expressions
culturelles et artistiques – le système tempéré, les structures formelles, les
enchaînements mélodiques, rythmiques, harmoniques et la terminologie musicale en
langues kanak[9]
qui en découlent – vont profondément s’enraciner dans la société kanak. Très
rapidement, l’interprétation des do[10], des taperas[11] et des cantiques[12] va dépasser le cadre très
formel du culte religieux pour constituer, même encore aujourd’hui, une part
importante du répertoire musical pratiqué quotidiennement.
Les occasions propices à l’interprétation de ces
chants sont désormais multiples et variées : les naissances, les baptêmes,
les mariages, les deuils, les événements et cérémonies coutumiers, les réunions
familiales, les inaugurations, le divertissement des enfants et même le
bercement[13].
Rapidement adoptés par la société kanak[14], le répertoire religieux s’érige
peu à peu en opposition avec l’interprétation des pilou
et autres danses guerrières interdites par l’Administration.
Les mesures répressives de l’administration
Plusieurs mesures religieuses, administratives,
juridiques et culturelles imposées par les Européens vont véritablement concourir
à précipiter les chants et les danses traditionnels dans une pratique
« moralement plus acceptable », qui renforcera l’expansion du
répertoire polyphonique religieux. Mais toutes les expressions
musico-culturelles kanak ne subissent pas le même sort. Les chants et les danses
qui constituent la majeure partie de la vie musicale collective publique, sont
placés au premier plan des sanctions.
Malmenés par les voies juridiques et le discours
européen, ils sont perçus par les Occidentaux comme relevant de la « sauvagerie »,
de « coutumes appartenant à un monde dépassé, livré à Satan, au diable, et
donc à l’enfer et compagnie[15] ». Fantasmant sur leur
fonction et leur rôle, les Européens les considèrent comme un lieu de débauche
et les jugent licencieux. Ils sont donc rapidement interdits par les religieux
et l’Administration française : un an après la prise de possession,
Montravel rédige un code de privation en dix-huit articles, dont le N°13
interdit toute représentation de « danse nocturne ».
Par la suite, toute expression et toute
publication en langues vernaculaires seront proscrites par le décret Guillain
en 1863. La crainte d’être sanctionnés et humiliés va longtemps perdurer en
milieu kanak, où seule l’interprétation de chants chrétiens et l’expression en
langue française sont autorisées jusqu’en 1975.
Ces préjugés et mesures, issus du passé colonial
et évangélique, vont établir de manière implicite ou explicite, une soumission
presque totale aux références occidentales. Elles induisent en partie une
interruption temporaire ou définitive d’une partie du répertoire musical
traditionnel[16]
et engendrent des modifications significatives tant dans les pratiques, que
dans les perceptions.
Á
la fin des années 1930, l’ethnologue allemand Hans Nevermann s’étonne de la forte
influence de la musique occidentale et des chants chrétiens dans les chants de
Maré. Préférant enregistrer un chant plus ancien et plus authentique, il en
fait la demande et est stupéfait par le motif de leur refus :
« Les vieux chants ne sont pas bons. Les gens de votre pays vont penser que nous sommes des sauvages, et nous ne le sommes pas. C’est pourquoi il est préférable que nous ne chantions rien du passé[17] ».
La longue politique de dénigrement vécue par les
Kanak de Nouvelle-Calédonie a donc profondément bouleversé la mémoire
musico-identitaire de ce peuple et par voie de conséquence, ses pratiques, ses
perceptions et ses expressions. Elles conduisent progressivement à l’abandon et
à la négation d’une importante partie du patrimoine musical.
Le réveil musico-culturel
Progressivement, cette honte d’être Kanak va alimenter
le réveil musico-culturel de ce peuple et le conduire jusqu’au slogan
« Kanak et fier de l’être ». Les revendications identitaires émergent
véritablement à partir de 1975 avec la signature d’un manifeste pour l’indépendance.
Mélanésia
2000, festival d’expression mélanésienne, est la première
création artistique qui dévoile au grand public une présentation unifiée[18] de l’identité kanak. Véritable
tournant dans l’histoire du pays, il marque symboliquement la volonté d’un
peuple de réintégrer son identité et ses expressions artistiques. De cette
première prise de conscience collective émergent ensuite les revendications identitaires.
Au premier plan de leurs réclamations, sont
placées la reconnaissance des langues kanak et des expressions de tradition orales
qui y sont associées. Elles donnent naissance à l’Office Culturel Scientifique
et Technique Canaque[19], créé en 1981, et aux
Ecoles Populaires Kanak (EPK[20]) qui placent les chants
et les danses traditionnels au cœur de leurs enseignements (1984-88). Ces
conduites d’enseignement musical, en premier lieu très marginales, s’effectuent
en pleine agitation socio-politique. Elles se présentent dans un premier temps
comme une initiative plutôt isolée, pour tendre à devenir une impulsion à
l’échelle territoriale qui va progressivement se généraliser.
Les actions passées du gouvernement colonial
menées sur les déplacements de population, l’affaiblissement de l’identité du
peuple autochtone, la dispersion de leurs langues, de leurs cultures, de leur
patrimoine et l’interdiction de leurs pratiques musico-culturelles laissent
place à partir de 1988 à sa reconnaissance et sa légitimité.
Désormais, les Kanak prennent une part active
dans une société qui s’est construite jusqu’à présent sur leur exclusion et le
refus de leur identité. La prise en considération des coutumes, des valeurs et
des expressions en langues kanak se déploie. Les cadres juridiques se précisent
avec les accords de Matignon-Oudinot (1988), de Nouméa[21] (1998) et l’accord
particulier (2002), qui reconnaissent et placent les langues kanak et le
patrimoine oral au cœur du dispositif du destin commun. Ils annoncent le début
du renforcement de l’identité du peuple kanak. La nécessité de préserver son
patrimoine culturel, de développer des actions en ce sens, de multiplier les
occasions d’exposition et de diffusion va alors se généraliser.
Une page de l’histoire se tourne. Les Kanak
doivent désormais nourrir les créations musicales contemporaines.
La reconstruction
musico-identitaire
Les expressions musico-culturelles si longtemps
dévalorisées, interdites, sanctionnées, sont désormais placées au cœur des
préoccupations politiques et institutionnelles. Á la conscientisation politique
s’ajoute nécessairement la réflexion identitaire. Les problématiques sur
l’héritage culturel, sur comment identifier sa culture, comment accepter son
passé, l’adopter et l’adapter pour l’avenir, sont immédiatement mises en avant dans
les créations artistiques contemporaines : « Qui sommes-nous ?
D’où venons-nous ? Où allons-nous ?[22] » (Melanesia
2000, 1975), « Paroles d’hier, paroles d’aujourd’hui,
paroles de demain » (Festival des arts du Pacifique, 2000), « Notre
identité est devant nous » (Festival des arts mélanésiens, 2010).
Loin de n’être que des préoccupations liées aux
grands événementiels, ces questions centrées sur la reconstruction
musico-identitaire influencent directement les créations musicales de kaneka[23].
Né des réflexions indépendantistes, ce courant apparait en 1986 et répond
directement à la volonté d’exaltation nationale lancée depuis Melanesia
2000.
Si l’amour est le thème de prédilection des
premiers chants de kaneka[24],
il laisse progressivement la place aux textes politiques, traitant des problèmes
sociaux, pour devenir la voix de tout un peuple. Les textes oscillent entre
langues kanak, français ou anglais. Quelques constantes s’affirment comme la
présence homogénéisée des percussions[25] d’inspirations
traditionnelles, tandis que les compositions puisent dans des styles variés
d’influence musicale internationale : le rock’n’roll, le reggae, le blues.
L’amplification électrique est générale et l’instrumentation assez
standardisée : guitare électrique, synthétiseur, basse et batterie[26].
L’accompagnement musical est simple et soutenu
d’instruments traditionnels : des bambous frappés, des battoirs d’écorce,
des tambours en feuille. Plus tard viendront d’autres instruments comme
l’harmonica, la guitare acoustique, l’accordéon, le derbouka, la flûte traversière,
etc.
Les musiciens puisent dans le répertoire
traditionnel pour nourrir les nouvelles expressions musicales. Edou[27], l’une des figures
emblématiques de ce grand courant, est ainsi le premier à adapter Cai
waminetu[28],
une berceuse traditionnelle[29] en langue drehu dans son spectacle Edou
chante pour les enfants représenté au Centre culturel Tjibaou
(CCT) :
|
Lozati joxu hane hi lo la nyima ne
atrunyi nyipëti. Alo alo Zawe ekölö iaue. Ca i wamine tu e calojë e Jope a xome la
waka. Alo alo Zawe ekölö iaue. Angetre Gaïca me angatresi lu'atresi hane hi lo la joxu ne tro së a thili kow i lis i rouz i kuron ka lolo. Ca i wamine tu e calojë e Jope a xome la
waka. Alo alo Zawe ekölö iaue. |
Princesse Loza, voici un chant pour t'honorer. Oh Zawe, oh Zawe. Une petite est née là à Jope vers le sud. Oh Zawe, oh Zawe. Gens de Gaica et vous les
« atresi », les deux atresi, voici notre princesse, celle devant qui nous devons nous humilier, une fleur de lys, une rose, une couronne magnifique. Une petite est née là à Jope vers le sud. Oh Zawe, oh Zawe. |
Le nombre de musiciens à reprendre et adapter
des enfantines en langues kanak est trop important pour qu’ils soient tous
cités nominativement, mais la tendance d’inspiration est largement suivie par
d’autres musiciens. Tous vont mêler rythmes, chants traditionnels et musiques
actuelles dans les créations contemporaines : Théo Ménango, Bwanjep,
Nodeak, Dubaan Kabe, Blue-Hau, etc.
La multiplication du nombre de groupes de kaneka, l’augmentation progressive de la
diffusion publique, télévisée et radiophonique, font prendre à ce mouvement
musical une place de plus en plus importante dans les foyers kanak. Les chants
provenant du répertoire enfantin, et plus généralement la musique, deviennent ainsi
à partir de 1986 une forme de libération, un moyen d’expression permettant
d’être reconnu et d’affirmer son identité culturelle.
Ces expressions artistiques permettent désormais
de regagner son histoire, de se réapproprier sa culture, une sorte de pouvoir
et de revanche sur tout un passé historique colonial.
La création de nouveaux
tremplins d’expression musicale
Ce nouveau positionnement contribue à inscrire
le patrimoine musico-culturel kanak dans de nouveaux contextes
d’interprétation, dans lesquels expression, production et consommation
culturelles deviennent progressivement indissociables. Il donnera naissance à
de nouveaux instruments qui se développent en faveur de la valorisation, de la
diffusion, de la promotion et de la protection du patrimoine oral chanté.
Avant Mélanésia 2000, la
majorité de la vie musico-culturelle s’inscrit dans un processus social précis
qui ne trouve sa signification pratique que dans un contexte d’interprétation
duquel elle ne peut se détacher : les berceuses, les chansons et
formulettes pour enfants ne peuvent être fredonnées qu’au cours des pratiques
de maternage - dans le cadre d’une relation de proximité entre adultes et
enfants. Or, depuis les revendications identitaires et les Accords, les contextes
de production, de transmission et de diffusion de ce patrimoine vont se
diversifier. La dynamique créative va alors prendre vie dès 1993 dans de
nouvelles situations qui placent la musique au cœur du dispositif. Celles-ci
s’organisent autour d’animations sur divers éléments représentatifs de la
culture kanak.
Dans un premier temps les manifestations
artistiques et culturelles détachées de leur environnement se concentrent
essentiellement en milieu urbain. Mais au fil du temps, elles gagnent du
terrain sur les autres Provinces. Les premiers événements du genre, sous la
simple forme d’animations, se présentent comme des sanctuaires des langues et
des cultures kanak. Ils sont doublés d’un engagement militant : diffuser
sa culture, dans sa différence comme dans ses ressemblances, pour favoriser la
compréhension et le rapprochement des différents peuples du territoire
calédonien.
Ils se concentrent autour de la lecture de
contes, de légendes ou bien de représentations de danses et marquent le début
de la professionnalisation des troupes de danses[30]. Tous les marqueurs
culturels sont peu à peu convoqués : l’artisanat, la sculpture, l’art
culinaire, les jeux et jouets traditionnels, les chansons pour enfants, le
bercement, les techniques de portage, etc. L’expression en langues kanak est
privilégiée mais bien plus que le fait d’être locuteurs, les individus qui
détiennent un véritable savoir-faire participent à ces manifestations.
Ce genre de représentations dépasse maintenant
les manifestations ponctuelles et très régionalisées, pour atteindre des structures
commerciales et devenir des festivals thématiques[31]. Là encore, les troupes
de danses traditionnelles piochent dans le répertoire enfantin pour proposer au
grand public des arrangements d’enfantines en langues kanak.
C’est le cas de cette berceuse[32] Koma
saja adaptée au répertoire de danses et fréquemment présentée par
la troupe du Wetr, en ouverture et en clôture de ce genre
de manifestations publiques :
|
E ! Koma saja lapa ju
pe lue jajinyi Sesile me Aleva matre qaja jë ni lo itre none hanying e cailo nöjeng. Kores
: Ngo ametre kö i Siling eje hi e qëmekeng sine celo i hning a i wenethëhming Silinge
ka menu kame (X3). Koloe
Sineze kolepi
e Gaica. Hnimikone e Thithë. Kelati
atre We. Pujene
atre Cila. Sosi e Hnathalo. KORES Hmuine e Ejengen. Xenieti e Qasa. Oel e Jokin. Ixe e Nonime. Anane atre Ewë. Jone atre Ladran. KORES Cumë ka idreuth. Saulo atre Kone. Jesi atre Jepo. Xulu qa Hnamenë. Nakoa qane ju pe lo itre xai hanying. |
Hé ! Asseyez-vous les deux filles Sesile et Aleva que je vous parle de mes aventures amoureuses dans le pays. Refrain : Mais Siling celui avec qui je
suis unie occupe toutes mes pensées et mon coeur, et il est mon coeur. J'en suis amoureuse, follement (X3). Il y a Sineze là-bas à Gaica. Hnimikone à Thithë. Kela de We. Pujene de Cila. Sosi à Hnathalo. REFRAIN Hmuine à Ejengen. Xenie à Qasa. Oel à Jokin. Ixe à Nonime. Anane de Ewë. Jone de Ladran. REFRAIN Cumë le brûlant. Saulo de Koohnê. Jesi de Jepo. Xulu de Hnamenë. Nakoa, tu n'as qu'à t'occuper des soeurs de mes amoureux. |
La création de nouveaux
outils de diffusion du patrimoine oral chanté
Dans ces conditions, les lieux d’expression des
pratiques musicales et culturelles kanak vont progressivement s’élargir et
sortir de leur contexte d’interprétation habituel. Et, bien qu’au départ, la
pratique musicale soit détachée de l’existence ou non d’une structure
culturelle, elle tend néanmoins aujourd’hui à s’inscrire de plus en plus dans
de nouveaux espaces de pratiques que sont la scène publique, les festivals, les
institutions culturelles et éducatives.
La démographie[33], la rupture de la
transmission intergénérationnelle en partie liée à une scolarisation de plus en
plus précoce et longue, l’éloignement géographique[34], l’intrusion des médias
dans les foyers, mais aussi l’évolution de l’espace social, économique et
l’urbanisation justifient en partie des changements de pratique. Ces différents
paramètres occasionnent une rupture des relais habituels de la transmission
orale qu’est l’intimité de la cellule familiale[35].
Partant de ce constat, les institutions du pays
prennent aujourd’hui en considération ces changements dans les pratiques du
chant et de la musique. Depuis 2005, les consignes officielles de la Direction
de l’Enseignement de la Nouvelle-Calédonie (DENC) placent au cœur du système
éducatif les chansons de tradition orale en langues kanak, puisqu’elles
précisent qu’en fin de cycle 1, les enfants seront capables de « chanter
chaque année une dizaine de comptines ou de chansons[36] ».
Dans cette même dynamique, le vice-rectorat organise
depuis quelques années un concours de chants en langues océaniennes, auquel
participent les écoles primaires, les collèges et les lycées des trois
provinces du territoire. Il permet aux plus jeunes enfants d’engager des
apprentissages sur le répertoire enfantin en langues kanak notamment par le biais
du chant et offre l’opportunité de s’exprimer en langue au sein de
l’institution scolaire.
Au niveau du conservatoire de musique, un
département de musiques traditionnelles kanak et océaniennes existe maintenant qui
place les chants pour enfants en langues kanak au cœur des apprentissages
dispensés. L’étude, et par là même la valorisation de ce patrimoine musical
oral kanak, vient nourrir et enrichir la création contemporaine et rendre
accessible à un plus grand nombre, un héritage musical riche. Il vise à mettre
en place plusieurs acquisitions : non seulement l’apprentissage des chants
et musiques de tradition orale, mais aussi l’encouragement à l’élaboration d’un
nouveau répertoire prenant en compte les spécificités locales et
environnementales, mais aussi l’éveil à l’intérêt pour les danses
traditionnelles kanak et plus largement océaniennes[37].
Pour étendre ce processus à l’ensemble du pays,
un partenariat entre la province nord, le Conservatoire de Musique de la
Nouvelle-Calédonie et l’AFMI, a permis la mise en place de centres de pratiques
musicales[38]
tels que celui de Mue a Gara à Waa wii lu (Houailou), Airî
Jawe à Poindimie et plus récemment, Dubaan
Kabe à Pwevo (Pouebo). Ces nouvelles dynamiques
engendrent la naissance de structures de diffusion musicale innovantes et
contribuent à la multiplication du nombre de troupes de danses traditionnelles
et de groupes de musique.
Par voie de fait, elles engendrent la naissance
de nouveaux relais de la transmission musico-culturelle que sont aujourd’hui
les enseignants, les animateurs culturels, les musiciens intervenants, amateurs
ou professionnels, les nourrices, les puéricultrices, etc. Elles favorisent par
là-même la naissance de nouveaux outils de diffusion et de vulgarisation :
ouvrages[39], CD[40], DVD[41], clips vidéos[42], plateformes internet[43], etc.
Mélanésia 2000
amorce ainsi l’ère de la consommation outrancière de tous types d’expressions
et de symboles liés à la culture kanak. Les musiques et chansons, hier
marginalisées, étouffées, sanctionnées, menacées, deviennent aujourd’hui, dans
leurs nouveaux styles d’interprétation, des valeurs marchandes extrêmement
prisées et lucratives.
Cette offre médiatique, véhiculée par le petit
écran[44], la radio, le commerce du
disque et les lecteurs audio, donne naissance à de nouveaux outils institutionnels
au service de la musique, qu’il s’agisse de collecter, d’archiver et de
conserver ce patrimoine au sein de l’ADCK-CCT, de l’Académie des Langues Kanak[45], de l’exposer au sein du
musée de la Ville de Nouméa[46], de le diffuser[47], de le mettre en scène,
voire même de l’exporter par le biais du Pôle d’export de la musique et des
arts de Nouvelle-Calédonie[48], et de le protéger
désormais avec la création de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs
de Nouvelle-Calédonie[49].
Le chant de tradition
orale pour enfants : un principe musico-culturel actif
À
travers les différentes étapes de changements socio-culturels qui viennent
d’être décrites, les Kanak vont indéniablement abandonner, rejeter ou dénigrer
certains aspects de leur culture. Les faits historiques et le présent
contribuent à démontrer l’ampleur des transformations qu’ont connues ces
populations au niveau des contextes de pratiques, de réception et de
transmission du patrimoine oral chanté. Il
est assez difficile de dresser un inventaire des impacts directs ou indirects
sur la musique induits par l’évolution de la société, dont la dynamique s’inscrit
dans un enchaînement d’événements :
« La temporalité de l’histoire politique et événementielle, la succession des textes de lois, des orientations politiques générales et des décisions individuelles des Kanaks et des Européens ne constituent pas le seul niveau d’analyse possible de la réalité sociale ; et les effets du colonialisme sur la société colonisée ne se réduisent pas à la terreur coloniale et à l’accueil du christianisme. Il y a là une question de focale ou d’échelle : le changement social recouvre une série de transformations des pratiques et des normes qui peuvent être plus ou moins rapides, dont l’ampleur et l’échelle forment une série continue[50].»
Au cours de son histoire, la population kanak a donc
su assimiler et travestir[51] les croyances, les
institutions, la langue, le système musical[52], les chants chrétiens,
mais aussi certains biens de consommation, certains dispositifs et savoir-faire
importés au service de la musique. Elle a su adopter certains outils
d’expressions musicales d’origine occidentale, comme l’atteste cette enfantine[53] Chaa
mînyè méé pwârâ en langue xârâcùù[54],
interprétée sur un air de C’est la mère Michèle qui a perdu son chat :
|
Chaa mînyè méé pwârâ Mwa taa du xuu rèè E wâ xangââ toa Kè pwa chaa nyâbéré : Mîââû, mîââû, xai du xuu rè-nâ ? Du xuu-röö du jia. Ru sii mwataa na rö, Ru nä xwa pêrênînî, Ru nä xwa pêrênînî, Ru nâ xwa téé rè kwéé-ru, Tö nèpwéé kwé. |
Une maman chatte blanche Perd de vue ses deux petits Et se met à hurler fort Sous un pont : Miaou, miaou, où sont mes deux petits ? Tes deux petits sont ici. Ils ne sont pas perdus, Ils sont entrain de se mirer, Ils sont entrain de se mirer, Ils sont entrain de regarder, Leurs reflets dans l’eau. |
Ou dans cette enfantine Ngayécu
yuréra, version revisitée de l’enfantine Une
poule sur un mur en nââ kwényï, langue parlée sur l’île des Pins[55] :
|
Taa daa-nyä rokô taa vùù. Yi kiiè taa pwapwaye a bu. Yi kiiè, yi kiiè, yi tangê vè ö rë a yi
ngà và. |
Une poule sur un caillou. Qui picote une papaye mûre Picote, picote, lève sa patte et puis s’en va. |
Et encore les différentes interprétations
inspirées de la berceuse Frère Jacques qui existent, comme cette
version en langue nengone, langue parlée sur l’île de
Maré :
|
Mama Jaik (X2) Tautilu (X2) De gi irré paté (X2) Ding ding dong (X2). |
Frères Jacques (X2) Dormez-vous (X2) Sonnez la cloche (X2) Ding ding dong (X2). |
Au-delà des traductions et des adaptations
d’enfantines, d’autres chants portent les traces des évolutions et changements
induits par les contacts avec les différentes civilisations. Les textes des
chants et jeux chantés en langues kanak regorgent d’emprunts lexicaux et
d’adaptations de mots qui proviennent d’autres langues. C’est le cas notamment
de cette chanson[56] en langue drehu
Avio i TAI, qui contient des emprunts à la langue
française :
|
Avio[57]
i
TAI kola ujëne la fen kola thipithipi lai wene rezë[58]. |
Les avions de (la compagnie) TAI ont changé le monde. Elles pendent les grappes de raisins. |
Cette autre chanson[59] en langue drehu
témoigne d’emprunts à la langue anglaise :
|
Neköi wacomadra, neköi wacomadra a sixane la sabath[60]. Ngo e thupenehmi, ngo e thupenehmi, fenesi[61] hë melei hmunë. (X3) |
La petite fauvette, la petite-fauvette sous-estime
le culte du dimanche. Mais le lundi, mais le lundi, elle est morte. (X 3) |
Ou bien encore au polynésien dans cette formulette
de jeu chantée[62]
en langue drehu :
|
Petrepetr, petrepetr, petrepetr, kuiëne pi ngöne i agetri gutu. Petrepetr, petrepetr, petrepetr, kuiëne pi ngöne i agetri ku-kuli[63].
(X2) |
Balancer, balancer, balancer sur le caca de poule. Balancer, balancer, balancer sur le caca de chien. (X2) |
Dans ces précédents exemples, l’emprunt s’impose
bien souvent pour désigner des objets qui n’existent pas dans l’environnement
des locuteurs. Mais d’autres formes d’emprunts revêtent une fonction différente.
Cette berceuse[64]
Sa wanore, qui combine des mots en nengone et en faga uvea, reflète ainsi un multilinguisme qui était courant dans
la société kanak. Avant l’arrivée
des Européens, les Kanak parlaient couramment une ou plusieurs langues. Le
recours à d’autres parlers revêt alors une dimension de mémoire
historique : Sa
wanore, ao me onore, iame tametame.
Le répertoire que les adultes transmettent aux
enfants en langues kanak fourmille ainsi de références anciennes qui ancrent
véritablement la pratique orale chantée dans la tradition musico-culturelle
kanak comme c’est le cas de cette berceuse[65]. Tiiti go nâri ja en langue paicî est
très connue et répandue dans son aire d’origine, bien que son texte, très
ancien, qui fait référence à de nombreux parlers, ne puisse être traduit.
L’incompréhension textuelle d’une enfantine ne nuit en rien à son interprétation :
Tiiti go nâri ja go mwâ go mwâ go pilio
go tabibi nâ ariko go wakè nâ calatè waapwi ti pajo pajoro ti pa tâ déla
ualalai ket.
Là encore, dans cette formulette chantée[66] paicî Kafé i di, qui accompagne souvent le jeu ou les activités de
tressage avec les enfants, le caractère sacré est accentué par
l’incompréhension de son contenu. Selon les croyances populaires, cette
formulette serait à l’origine interprétée par les femmes Tibo,
personnages surnaturels aux longs seins en région paicî
: Kafé i
di sipé i di. Kafé i di sipé i di.
L’interprétation d’enfantines très anciennes, au
contenu mystérieux et sacré est tout aussi répandue dans d’autres aires
linguistiques comme le démontre cette berceuse[67]
en langue drehu[68] Dreu drela : Dreu drela drela gulu gulu a gala galai hupe
hupe faepio kopai nalo kopai apulupe apulupe cani cani canga toe kapuma jale
capadri koa koa i ninyima kola sasapule hoi wepule hoi pule wea hawea.
Aussi, malgré les attestations d’une
acclimatation évidente, le poids des traditions est encore très présent et un
nombre conséquent d’éléments musico-culturels se maintient. Á titre d’exemple, la plupart
des groupes de kaneka combinent rythme du pilou et instruments
amplifiés. D’autres spécificités comme la langue, l’attribution du nom en
langue kanak aux enfants sont conservés. Le rituel de présentation d’un
nouveau-né à ses oncles maternels n’a jamais cessé de se perpétuer. Les mères
et les grand-mères qui s’occupent des enfants pratiquent encore quotidiennement
le répertoire pour enfants en langues kanak qui est encore bien vivace.
Alors, même si les médias et les outils multimédias
sont désormais largement présents dans les foyers, ils ne substituent pas complètement
à la pratique vocale quotidienne dans les pratiques de maternage. Ils viennent
plutôt compléter et enrichir l’environnement musical. Entre abandon,
conservation, adaptation et assimilation, le répertoire enfantin est
indéniablement transformé et précipité dans de nouvelles configurations liées
aux différentes vagues d’échanges culturels au cours de son histoire.
Néanmoins, imiter ne signifie pas pour autant la
reproduction à l’identique et l’assimilation n’équivaut pas à la disparition
des pratiques musico-culturelles traditionnelles. En vérité, la dynamique kanak
n’a pas pris fin avec l’arrivée des Européens et des nouveaux outils de
transmission et de diffusion. L’histoire musico-culturelle de cette société est
indéniablement le reflet, depuis tout temps et de manière moins naturelle et
davantage précipitée depuis cent soixante-dix ans, d’interactions entre
éléments endogènes et exogènes.
Car s’il
n’est plus envisageable aujourd’hui de parler d’oralité sans écriture, de
musique sans CD, ou lecteurs MP3, de chants éducatifs et d’apprentissage sans
école, de chants, de contes et légendes sans feuilletons et jeux télévisés, de
chants païens sans chants chrétiens, de fehoas
sans sifflets en aluminium, de berceuses sans Mama Jacques, de kaneka[69]
sans reggae, il n’est pas question non plus de parler d’éducation, d’activités
musicales, de pratiques de maternage et d’activités ludiques sans chants en
langues kanak.
Dans ce hiatus au syncrétisme culturel évident
et permanent, les multiples niveaux de références qui gravitent dans le
répertoire enfantin se rencontrent, s’entrechoquent et se superposent, tout en
restant profondément ancré dans un espace musico-culturel bien défini – dans
lequel l’ensemble des membres de la communauté kanak se reconnait et s’identifie.
Ces différents paramètres font des chansons pour enfants un processus créatif
en renouvellement permanent, qui sait parfaitement s’adapter au gré des
changements que traverse la société qui lui donne vie.
Stéphanie
Geneix-Rabault
Stéphanie Geneix-Rabault a soutenu une thèse d’ethnomusicologie en avril 2008 à Paris
IV-Sorbonne-LACITO-CNRS (TH avec félicitations du jury) sur les chants et jeux
chantés pour enfants en langue drehu. Ses travaux de recherches se poursuivent
aujourd’hui en tant que chercheuse associée au LACITO-CNRS et au CNEP. Spécialiste
des musiques et arts océaniens, elle intervient en tant que vacataire à l’UNC,
à l’IFM-NC et à l’IUFM du Pacifique, auprès d’étudiants en langues kanak et PE.
Elle organise également différentes actions de valorisation des langues kanak
et des expressions orales et artistiques qui y sont associées en tant que
chargée de mission du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
[1]
Anciennement Nouvelles-Hébrides.
[2] ISEE
2009. Selon les données issues du recensement de 1996, les Kanak représentaient
44% de la population, suivis des Européens (34,1 %), des Wallisiens et
Futuniens (9%), des Tahitiens (2,6%), des Indonésiens (2,5%), le reste (7,5%)
inclut notamment la communauté vanuataise.
[3] Des
Mélanésiens des Nouvelles-Hébrides, des Polynésiens de Wallis et Futuna, de
Tahiti et, plus anciennement, de Samoa et de Tonga.
[4] La LMS,
la société missionnaire protestante de Londres est créée en 1795 par le pasteur
Haweis. Vers la fin du XIX° siècle, elle est remplacée par la Société des
missions évangéliques de Paris, qui avait son siège principal à Houaïlou, sur la Grande Terre. Le
premier champ de mission de la LMS est Tahiti en 1797, puis il se poursuit aux
îles Australes et aux îles Cook en 1821, ensuite aux îles Samoa en 1830, et au
Vanuatu en 1835, pour se diriger ensuite en Nouvelle–Calédonie en 1840.
[5] Main
d’œuvre pénitentiaire, colons éleveurs, exilés, condamnés aux travaux forcés,
déportés de la Commune de Paris, etc. Cette population pénale constitue sur le
territoire calédonien une main d’œuvre gratuite ou bon marché pour les services
publics, les plantations de canne à sucre, ainsi que les exploitations de
nickel et autres richesses minières.
[6] Nous
optons dans cet article pour l’orthographe du mot « Kanak »,
invariable en genre et en nombre.
[7] Le
système de cantonnement entre 1895 et 1900 contraint un certain nombre de clans
à se regrouper arbitrairement dans un espace imposé et limité à un certain
nombre d’hectares par individu.
[8] Á titre d’exemple, le pasteur
protestant Hadfield met en place dès 1886 « une société de Taperas »
qui traduit les psaumes en drehu,
langue de l’île de Lifou, et un concours de chants religieux la
« Convention » en 1899, qui est encore pratiqué aujourd’hui.
[9] Á titre d’exemples, les quatre
voix des chants religieux polyphonique se disent en drehu : bas (basse), trena (ténor), aregio (alto), trebel (soprano).
[10] Le do
s’appuie sur un langage spécifique de notation, hérité de la mission anglophone
protestante, utilisant les signes de la ponctuation pour traduire la musique.
Ce chant a été introduit par les Églises
protestantes. La première strophe du do
est interprétée sur le nom en langue kanak de chaque note de la ligne
mélodique : do, ray, me, fa, so, la,
te, do : pour do, ré, mi, fa, sol, la, si, do. C’est seulement à la
deuxième reprise que les chanteurs prononcent le texte. Le do est un chant polyphonique à quatre voix, qui n’autorise aucune
improvisation, et qui respecte scrupuleusement les règles de l’harmonisation
(même s’il est possible parfois d’entendre des croisements de voix, des
mouvements de quinte parallèle). Chaque note est transcrite, à l’aide du
système de notation fixé par les missionnaires protestants. Les indications de
rythme et de mesure sont également précisées. Mais il se peut que les mesures
s’adaptent au rythme de la phrase du texte, et que les mètres soient variables
d’une mesure à l’autre. Les intervalles utilisés sont ceux de la gamme
tempérée. Ces chants sont largement répandus dans les temples protestants.
[11] Les taperas, qui signifient
« tempérance » en français, sont aussi des chants polyphoniques à
quatre voix mais dont la marge de liberté est plus grande. Seule la voix
principale est écrite et interprétée à l’ensemble du chœur. Les autres voix
improvisent librement. Cette polyphonie peut être qualifiée d’hétérophonie.
[12] Les
cantiques interprétés par les catholiques sont des chants polyphoniques à
quatre voix interprétés en latin ou en français. Mais les Kanak convertis au
catholicisme peuvent néanmoins chanter des taperas.
Ils ont été introduits par les missionnaires de la Société des Missions
Evangéliques de Paris.
[13]
L’implication et l’imprégnation de la musique religieuse s’effectue dès la
petite enfance au cours de différentes situations, notamment lors de
l’endormissement et du bercement qui peut l’accompagner.
[14] Le
Révèrent père Rouzier notait dès 1844 qu’il entendait des chœurs d’enfants
interpréter des cantiques en latin. Il a donc fallu très peu de temps pour que
ce répertoire trouve sa place et s’impose auprès des jeunes chorales formées
par les religieux.
[15] TJIBAOU
Jean-Marie, Kanaké : the
melanesian way, Tahiti : editions du Pacifique, 1978, p. 36.
[16] Il est
extrêmement difficile de quantifier ce qui s’est perdu mais le répertoire
musical traditionnel si riche et varié, tel qu’il est décrit dans les premières
sources diachroniques, s’est largement appauvri au cours de ses cent
soixante-dix dernières années.
[17] NEVERMANN Hans, Kulis
und Kanaken Forscherfahrte, auf Neukaledonien und in den Neuen Hebriden, Brauns
schweig Gustav Wenzel und Sohn, 1942, p. 142.
[18] Avant
1774, il n’existait pas à proprement parler de peuple kanak mais une multitude
de petits groupes formant de véritables microcosmes.
[19] Á partir de 1989, il est
remplacé par l’Agence de Développement de la Culture Kanak (ADCK), née des
accords de Matignon-Oudinot, qui assure la valorisation et la diffusion de la
culture kanak.
[20] Les
EPK, très en vogue au milieu des années 1980, représentent une solution
alternative au système éducatif occidental, en replaçant au cœur du processus
éducatif les langues et les cultures kanak.
[21] Il
précise notamment que « les langues kanak sont, avec le français, des
langues d’enseignement et de culture en Nouvelle-Calédonie ».
[22] TJIBAOU
Jean-Marie, Ibid.,
p. 17.
[23]
Littéralement, le terme kaneka
signifie « la cadence née des Kanak ».
[24] Au
départ, il est fortement influencé par la confrontation avec les diverses
communautés du Pacifique (polynésienne, wallisienne, européenne, etc.).
[25] Les
percussions traditionnelles (les battoirs d’écorce, les tambours à fente, le
bambou pilonnant) côtoient un ensemble de batterie de type rock.
[26]
D’autres instruments sont introduits par les communautés wallisienne,
futunienne et tahitienne. C’est le cas notamment du yukulele dont le style d’expression privilégié
est la valse tahitienne. Les Wallisiens et Futuniens, très présents sur Nouméa,
possèdent une pratique des danses et des chants très vivace en différents
moments de l’année : pendant les mariages, les baptêmes, les festivités
culturelles, etc.
[27] Edou
débute sa carrière en tant que leader du groupe Mexem (1993), puis il entame une carrière solo
et collabore régulièrement avec des musiciens d’autres horizons comme le groupe
« Salves » d’Afrique du Sud. Il met ainsi en scène avec Leila Negrau,
Musique Mêlée en 2010, une création
qui fusionne le cap, danse de parade
amoureuse de Lifou, et le maloya,
une forme d’expression traditionnelle chantée créole de l’île de La Réunion.
Cette dynamique créative portée à l’échelle nationale va progressivement
s’élargir et s’inscrire dans un mouvement plus global d’Océanitude et
d’ouverture sur le monde.
[28] EDOU, Edou chante pour les enfants. Live au
CCT, Nouméa : ADCK-Mangrove, 2001, MGV CD 1400.
[29] Cette
berceuse a été créée pour la naissance de Loza, la fille du grand chef Zeula du
district de Gaica (centre) à Lifou.
[30] Celle
de We Ce Ca (Lifou),
Olobatr (île des
Pins), etc.
[31] Tous
les ans, le Centre culturel Tjibaou organise des week-ends de festivités sur
une aire coutumière et linguistique (par exemple festival drehu, nengone, etc.). Pendant deux
jours, des plateformes de présentation de la culture kanak par région sont
proposées au grand public : concerts, dégustation de plats traditionnels,
sculpture, artisanat, etc.
[32]
Collectée par Stéphanie Geneix-Rabault à Lifou en 2004, cette berceuse retrace
les pérégrinations amoureuses de deux femmes sur toute la Nouvelle-Calédonie.
[33] 36,7 %
de la population a moins de vingt ans et 32% de la population est scolarisée
selon les chiffres du recensement de l’ITSEE 2004.
[34] Induits
par la scolarisation et le travail salarié en milieu urbain.
[35] De plus
en plus de Loyaltiens partent des îles à destination des Provinces sud ou nord.
Ce pouvoir d’attraction ne cesse de croître depuis quarante ans avec la
multiplication des activités industrielles, des administrations et des
communes. Il suscite un exode de plus en plus important : entre 1996 et
2004, 2917 Loyaltiens sont partis à destination d’une autre province, contre
1788 habitants entre 1989 et 1996 (ITSEE, recensement 2004).
[36] DENC,
« Contenus et compétences cycle 1 », in Programmes pour l’école primaire de Nouvelle-Calédonie,
Nouméa : DENC, 2005, p. 24.
[37] Ce
département a aussi pour objectif de créer un logiciel informatique pour aider
dans l’apprentissage du do et le
développement des chants taperas.
[38] Ils
constituent une démarche contemporaine d’appropriation de nouvelles formes
d’apprentissage, de nouveaux contextes de transmission et d’interprétation. Ils
traitent de problématiques diverses autour des instruments de musique et des
outils de multimédia, pour les jeunes Kanak qui cherchent à allier des sons qui
leur sont propres, mais aussi de nouveaux sons issus d’autres cultures, en
s’aidant d’outils modernes (guitare, musique assistée par ordinateur et
autres).
[39] ASSOCIATION LIRE EN CALEDONIE, Toutoute : Comptines, berceuses et
jeux de doigts d’ici et d’ailleurs chantés en Nouvelle-Calédonie, Nouméa : Grain de Sable, 2007.
[40] WETR, Ka mel, Nouméa : ADCK-Mangrove, 1997, WTR CD 001.
[41] FAURIE
Mathias et GANDELLI Elisa, Cee
Weedo Joséphine Tour 2005, Paris : Gentilly, 2007.
[42] Des
clips vidéo peuvent être visionnés sur le site du poemart :
www.poemart.net
[43] Les
corpus de texte sont en écoute seule sur www.alk.gouv.nc/portal/page/portal/alk/langues/kwenyi.
En revanche, le site du poemart propose une plateforme d’écoute et de
téléchargement.
[44] Avec
l’émission hebdomadaire Akor D’Z îles sur RFO.
[45] Créé en
2007, l’Académie des Langues Kanak a pour mission de fixer l’écriture des
langues kanak, de valoriser et de promouvoir le patrimoine oral qui y est
associé.
[46] Le
musée de la Ville de Nouméa organise en 2009 une première exposition sur La musique calédonienne de 1840 à nos
jours, avec plusieurs bornes musicales interactives sur le
patrimoine musical traditionnel kanak, y compris sur les berceuses et chansons
pour enfants.
[47] Le
nombre de studio d’enregistrement se multiplie : Mangrove, Skarabée,
Vertigo, etc.
[48] Le
Poemart, créé en
[49] La
SACENC, créée en
[50] NAEPELS
Michel, « Il a tué les chefs et les hommes : L’anthropologie, la
colonisation et le changement social en Nouvelle-Calédonie », in Miroirs du colonialisme : Terrain
28, Paris : Carnets du Patrimoine ethnologique, Ministère de
la culture, 1997, p. 44-58.
[51] Les
croyances polythéiques des Kanak doivent s’acclimater à des religions
chrétiennes à vocation monothéique.
[52] Il est
extrêmement difficile de savoir quel système musical prévalait avant
l’introduction du système tempéré avec les chants religieux, car les premiers
témoignages sur le patrimoine musical kanak sont rédigés par des
non-spécialistes, des voyageurs, des missionnaires, des représentants de
l’Administration qui ne procèdent pas à une étude musicale systématique et
précise. Seuls les écrits de Louise Michel, déportée de la Commune de Paris en
Nouvelle-Calédonie, dotée d’une solide formation musicale, sont pertinents et
pointent du doigt l’existence d’un système musical différent du système
tempéré, composé de tons, de demi-tons et de quart de tons.
[53]
Collectée par Stéphanie Geneix-Rabault en mai 2010 auprès de Marie-Adèle
Jorédié à Gélima (Canala).
[54] Langue
parlée dans la région de Canala et de Thio (côte est de la Grande Terre), La
Foa et Boulouparis (côte ouest de la Grande Terre).
[55]
Elle a été collectée auprès d’Eugénie Gouraya par Stéphanie Geneix-Rabault
(Nouméa, 2009).
[56]
Collectée par Stéphanie Geneix-Rabault sur Lifou en 2005.
[57] Avio « avion » < fr. avion.
[58] Rezë « raisin » < fr.
raisin.
[59]
Collectée par Stéphanie Geneix-Rabault sur Lifou en 2005.
[60] Sabath « dimanche » < angl.
sabath.
[61] Fenes « finir, terminer » <
angl. finish.
[62]
Collectée par Stéphanie Geneix-Rabault sur Lifou en 2005.
[63] Kuli « chien » < polyn. ‘uri/kuri/kuli.
[64]
Collectée par Stéphanie Geneix-Rabault sur Lifou en 2005.
[65]
Collectée par Stéphanie Geneix-Rabault en 2009 auprès d’Anna Gonari. Dans cette
berceuse, le texte très ancien fait référence à de nombreux parlers qui ne
peuvent pas être traduits, mais n’empêchent aucunement son interprétation.
[66]
Collectée par Stéphanie Geneix-Rabault en 2009 auprès d’Anna Gonari.
[67] Cette
berceuse a été collectée par Stéphanie Geneix-Rabault sur Lifou en 2005. Nous
ne sommes pas en mesure d’en proposer une traduction car selon les croyances
populaires, il s’agirait d’un chant d’appel des wananathin, personnages mythologiques surnaturels de l’île, dont le
langage est sacré et ne peut être compris de tous.
[68] Langue
parlée sur l’île de Lifou.
[69] Les groupes modernes de kaneka, constitués d’instruments occidentaux comme le synthétiseur, la guitare électrique, la batterie, concilient rythmes traditionnels et amplification électrique.
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