« Inventer un art instituant » : rencontre avec Werner Moron autour de sa pratique des « principes actifs de l’art »
Par La rédaction, dans La Revue -# 108 - Fil RSS
S’ouvrir au dehors, créer des
liens, multiplier les pistes, forger patiemment les articulations entre
différentes compétences : tels sont les soucis constants de Werner Moron
dans sa pratique artistique. « Une œuvre d’art, collée au mur, éclairée
avec un spot, ça, c’est le 20e siècle », nous explique
l’artiste au sein du « musée de l’éphémère », au pied du terril du Thier, en banlieue de Liège.
En
cette fin avril 2010, l’artiste Werner Moron nous reçoit pour revisiter, en une
heure, les quinze années écoulées, durant lesquelles il a développé une
pratique artistique tout entière guidée par ce qu’il appelle « les
principes actifs de l’art ». Il est
17h30 ; à 19h commencera une conférence-promenade sur le terril du Thier,
territoire menacé que nous sommes invités à considérer comme un musée de
l’éphémère, avec ses ressources, ses potentialités, son histoire, ses
souvenirs, ses habitants. Des riverains, des scientifiques, des artistes, des
économistes sont invités à débattre du statut du terril, des inventions que
nécessiterait sa sauvegarde.
Selon
Werner Moron, une telle démarche fait partie intégrante de sa pratique
artistique. Son parcours l’a en effet amené à ouvrir la définition de l’art
bien au-delà de l’œuvre achevée et des réseaux des « professionnels de la
profession ». L’art, c’est d’abord un biotope : « Qu’est-ce
qu’il y a autour d’une œuvre ? Il y a de l’argent, de la production, de la
communication, des œuvres qu’il faut produire de manière complexe dans un
réseau extrêmement ramifié, des salles d’exposition. Il faut un réseau très
important de gens capables de comprendre. Il faut des structures pour conserver
les œuvres produites, des maisons d’édition, un espace critique. Tout ça
constitue le biotope de l’art, et fait partie intégrante de l’art
lui-même ». Un art qui ne devrait pas être réservé aux plus talentueux de
l’époque (« c’est comme la cuisine : tout le monde ne va pas devenir
un grand chef, mais tout le monde peut apprendre à cuisiner »), mais qui
concerne tout un chacun. Car la pratique artistique fournit des outils
symboliques pour comprendre le monde, pour se l’approprier : « la
société se définit à travers la justice, l’économie, la politique, mais jamais
l’on n’investigue la réalité par le biais symbolique de l’art. On pose des
questions à toute une kyrielle d’experts, mais pas à l’art. Et les gens se
privent de cette hygiène, de cette ablution. On fait du sport, on essaye de
manger bio, mais l’art n’est pas pris en compte. Se demander ce qu’il y a dans
son imaginaire, dans ses lapsus, dans l’intime, ce qu’il y a dans ce qu’on ne
comprend pas – c’est pourtant un champ d’investigation extraordinaire ». C’est
pour ouvrir les barrières menant à ce champ que Werner Moron a tenté de définir
et de travailler les « principes actifs » au cours d’un long parcours
qui débute dans les années 1990.
En
1992, malgré un beau succès (il expose aussi bien à Liège qu’à Soho), Werner
Moron décide de quitter le circuit des galeries. Il poursuit sa carrière
artistique, et continue à « jouer sérieusement, pour ne pas dire “faire de
l’art” ». Petit à petit se met sur pied un mode de production alternatif
et il fonde une structure appelée Les Brasseurs, à Liège, qui fonctionne
suivant un système de parrainage et d’autoproduction. « Le système de parrainage, c’est
un truc de fous à l’époque. Les artistes ont toujours des œuvres en stock, et
on a des gens qui attendent que les œuvres soient là pour pouvoir les acheter.
Ce que je leur proposais, c’était de s’inscrire dans une souscription en payant
une certaine somme par mois, et tous les trois mois ils avaient une œuvre d’art
réalisée par un des neuf artistes des Brasseurs. Comme ça on avait l’argent en
amont des événements et on pouvait produire des œuvres inédites. C’était une
forme d’autoproduction, sachant qu’à l’époque on faisait tout (l’accrochage, la
communication). C’était intéressant, ça faisait des sommes d’argent pour des
artistes relativement jeunes. » L’autoproduction a ici son importance car,
pour Werner Moron, les Brasseurs étaient loin d’en appeler à une forme
déguisée de mécénat : « On était à 50% mécènes aussi, on filait nos
œuvres. On investissait quelque chose. Eux investissaient du pognon, nous on
investissait nos œuvres pour avoir de quoi produire et faire des expositions.
On investissait de nous-mêmes, un tiers pour la pérennisation de la structure,
deux tiers pour la production de notre œuvre. »

Fig.
1 et 2 : Werner Moron, Trajet réel/Trajet
rêvé, projets pédagogiques sur mesure. [Photo : D.R.]
Malgré
le succès pécuniaire, une interrogation se fait de plus en plus
pressante : « Je suis interpelé par le fait que peu de monde est au
courant. Et être au courant ne suffit pas. J’avais des voisins – relations de
voisinage classiques, on se marre, on boit des verres – qui venaient une fois à
une expo, mais ne revenaient pas. Cela m’a questionné, comme une matière en
tant que telle, comme un carré blanc sur fond noir, c’est devenu ma question. »
D’emblée donc, la
question de l’accès à l’art se veut artistique, et non para-artistique.
« La médiation est une question directement artistique. Mais
si on l’entend au sens socioculturel sympathique, ce n’est pas ça. La médiation
est essentielle pour que les artistes puissent continuer à être, pour que les
intuitions puissent aller dans leur propre direction, pour que les œuvres
puissent dire exactement ce qu’elles veulent. La médiation c’est justement la
possibilité pour que les artistes ne s’autocensurent pas par rapport aux
marchés, à la tendance, etc. La médiation, pour qu’il y ait le plus grand monde
possible, la plus grande diversité autour de l’art, me parait un axe important.
On a fini par comprendre ce qu’était le tennis – ce n’était pas gagné à
l’avance que les gens s’y intéressent, mais on l’a médiatisé, etc. L’art c’est
pareil, l’idéal serait que les gens se sentent investis, et qu’ils le
pratiquent. »
Fig.
3 et 4 : Werner Moron, en haut, Paracommand’art,
en bas, La Campagne électorale des
électeurs,
projets participatifs. [Photo : D.R.]
La
question devient obsédante et, pour partir à la rencontre de ceux pour qui
l’institution demeure opaque, Werner Moron a recours aux « principes
actifs de l’art ». « Là je réalise que la première chose qui blesse
c’est le mot “ art”, et je commence à utiliser ce qui est sous-jacent à
l’art, les briques avec lesquelles l’art se construit. Je commence à développer
un discours qui tourne autour de la question de l’art, que j’appelle “les
principes actifs de l’art”, c’est-à-dire ce qui en donne plus qu’une
compréhension, mais une incarnation, un déclic. J’essaie de trouver dans la
pratique des voisins, des amis, les liens avec ma pratique d’artiste. Par
exemple j’essaye d’expliquer à mon boucher qu’il met une feuille verte
en-dessous de sa viande pour mieux la vendre car le vert est une couleur
complémentaire du rouge. Ca vient d’une observation, je peux lui expliquer. “Ta
viande est plus rouge parce qu’elle est entourée de vert.” J’évite de parler en
termes de “mon œuvre est comme ceci, j’essaie de faire passer cela”, mais je
m’intéresse à sa pratique. Dans tous les domaines, chaque fois que je rencontre
quelqu’un, j’essaye de comprendre ce qu’il fait et de lui parler de son univers
plutôt que d’ “art”. Et après,
quand peut-être j’ai installé cette compréhension, je peux tenter de l’inviter
à venir sur le territoire de ma symbolique. »
Les principes actifs visent ainsi à ouvrir l’imaginaire à l’aide des
fondamentaux sous-tendant les arts institutionnalisés. « Prenons le cas du
théâtre. Les principes actifs du théâtre, ce sont les silences, le rythme, ce
qu’il y a entre les mots, une intimité qui normalement ne s’expose pas. Avant
de porter le texte, avant d’amener l’institution du théâtre, c’est accepter de
revenir à quelque chose qu’on a toujours fait, accepter de sentir à quel point
un élément de costume, de lumière, de décor te transforme. Dans tout domaine,
il y a plein de choses extrêmement triviales, sous-jacentes, qui ne sont pas
encore dans l’institution. »
Peu à
peu, des ateliers et groupes de travail, organisés autour des principes actifs,
vont se mettre en place. « Nous faisons par exemple des ateliers avec
Milton Paolo qui est danseur-chorégraphe. Il propose aux gens, avant de danser,
d’écrire leur nom dans l’air. A partir de là, c’est très simple. On leur
demande de penser à quelque chose qui est lourd et de continuer à écrire leur
nom. Et puis on leur demande de coordonner lourd et léger, rapide et lent. Il
faut déjà penser à quatre choses. Ensuite, c’est petit et grand. Avec ces six
éléments-là, la danse devient totalement abordable, et totalement complexe – il
y a des possibilités infinies. Ca se fait en deux heures, et au bout d’un
certain temps les participants ne se rendent plus compte de ce qu’ils font dans
l’espace, et dansent. »
Et la
peinture de devenir, ainsi, expérience de la couleur : « Simplement
étaler la couleur. Eprouver les couleurs. Pendant une semaine, on est rivés sur
une seule couleur. Simplement réfléchir, accumuler. On accumule par exemple du blanc, qu’on peut
produire par soi-même – on examine par quels moyens. Ensuite, on voit ce blanc,
on commence à comprendre, on peut le faire avec une valeur d’eau, deux valeurs
d’eau, on peut prendre une surface et la recouvrir d’un coup, on peut casser la
couleur sur une pâte presque sèche et revenir avec de l’eau et on obtient
encore autre chose, c’est infini. On peut aller chercher des couleurs qui
existent déjà – dans la masse, en surface, métallisées, plastiques, etc. On
peut faire des cubes de deux mètres sur deux, trois mètres sur trois,
s’installer dedans et réaliser, tout simplement, que ce n’est pas la même chose
d’être assis dans du rouge ou dans du bleu. Une fois que les choses sont dites,
elles sont banales. Pour repérer et formaliser un principe actif, il faut un
peu se creuser la tête, mais après ce sont des choses ultrasimples. »
Fig.
5 : Werner Moron, Tous sur la photo ou
pas de photo, projet participatif, Biennale de Liège. [Photo : D.R.]
Le
travail autour des principes actifs doit s’inscrire dans le champ artistique,
non dans l’animation. Comprenez : l’expérimentation en groupe doit aboutir
à une exposition, une confrontation au public, et faire l’objet d’une
conservation (via des films, des photographies, de l’écrit) qui inscrit
modestement les œuvres dans l’histoire de l’art.
A titre
d’exemple de ce type de travail, Werner Moron s’étend longuement sur les
installations qu’il a réalisées pour la Châtaigneraie[1],
à Flemalle, avec trois groupes distincts : des demandeurs d’asile, des
adolescents et des femmes précarisées émargeant au CPAS[2].
« On
a travaillé autour de la chambre. Qu’est-ce que c’est, une chambre ? Il y
a un petit travail de vulgarisation pour faire comprendre ce qu’est une
installation, comment un objet prend un sens différent quand il est inséré dans
un cadre symbolique. Une fois ces explications données, une fois l’intérêt
suscité, le vrai travail commence. On démarre avec une introspection. Il y a un
sujet, soit amené par moi soit par eux, mais il est souvent pensé, puisque mon
objectif est de parvenir à une véritable création artistique. Cette
introspection se fait par la technique que j’appelle “trajet réel-trajet rêvé”.
Je coupe la réalité en deux. On part de la réalité – par exemple, dans le cas
dont je viens de parler, on a six ou sept femmes précarisées qui doivent faire
une chambre –. Et ensuite, on quitte la réalité. Par exemple, il y a des choses
dans l’armoire de la chambre, il y en a beaucoup, et donc on décide d’aller
jusqu’au plafond. Les plafonds sont très hauts à la Chataigneraie, donc on
exagère, on fait une sculpture, on n’est plus dans le réalisme. Là, on est dans
une posture d’art contemporain. D’abord on part de la réalité, puis on va vers
un imaginaire.
Après
cette phase d’introspection vient la formulation des premiers éléments
formels : comment va-t-on faire tout ce qu’on vient de dire ? Il faut être précis : on ne s’adresse
pas qu’à nous-mêmes, quelqu’un va venir que l’on ne connait pas, on ne fait pas
ça entre nous. Il faut savoir que l’on va s’exposer, et que cela nécessite
beaucoup d’exigence par rapport à soi-même. Il faut donc travailler,
retravailler, retravailler encore, repenser.
Dans le
cas de la Châtaigneraie, les résultats ont été très divers : les chambres
issues des demandeurs d’asile étaient plutôt dépouillés – je les ai amenés vers
une réflexion autour de la première nuit, qu’est-ce qu’une première nuit ?
Et là, ça prend une autre dimension. La chambre des ados c’était un bordel
indescriptible, coupée en deux, moitié fille moitié garçon. Il fallait trouver
les éléments qui constituaient la chambre, il fallait chercher, ce n’est pas si
simple de dire ce qu’il y a en-dessous d’un lit, dans une armoire etc. Et c’est
ça qu’il fallait trouver, il fallait lâcher le morceau, sinon ça ne sert à
rien. Pour les femmes du CPAS, d’abord, il a fallu accepter une vision
précaire, sinon on allait dans le mur – elles disaient que leur chambre était
immense, avec des draps en soie… Et puis on y est arrivés, à une chambre de
gens de condition précaire. Parfois c’est la seule pièce, donc il y a des
vélos… Ca faisait très art contemporain aussi. Il y a une réalité qui est
transposée dans l’espace muséal.
Et puis
arrive l’exposition, moment qu’il faut savoir s’approprier. Dans le cas de la
chambre conçue avec les femmes du CPAS, c’était très amusant : elles
étaient toutes dans la chambre au moment de son ouverture au public, il y a eu
un moment d’effarement de la part des gens qui sont entrés. Elles ne voulaient
pas quitter cette chambre. Ce temps d’exposition ouvre un espace critique, les
différents partenaires qui ont conçu l’installation doivent répondre aux
questions, qu’elles viennent des gens, des médias.
Fig.
6 : Werner Moron, Le Musée de l’éphémère, projet participatif, en cours.
[Photo : D.R.]
Enfin,
ces créations sont inscrites dans l’histoire de l’art, par le biais de films,
de photographies, d’écrits. Cette inscription se fait dans les normes, c’est
acté, même avec un destin précaire. »
Pour ce
qui est de la conservation, de l’archivage et de la logistique, ce sont les
« paracom-mand’Art », « une structure totalement anarchique mais
très organisée », qui s’y collent. Les Paracommand’Art font office de
courroie de transmission entre les demandes d’expérience artistique et les
institutions qui vont permettre l’exposition du résultat des ateliers (on
citera par exemple le Théâtre de Namur ou Charleroi/Danses). Différents
artistes, au sein de la structure, peuvent ainsi répondre à des demandes
émanant de maisons de jeunes, d’écoles, etc. « Les Paracommand’Art n’ont
pas de statut juridique, chacun amène ce qu’il peut. Les Paracom-mand’Art sont
adossés à l’institution – pour ma part, j’appelle ça faire de l’art
instituant : c’est amener les choses en bordure de ce qui pourrait
permettre à une société de faire entrer ça dans une forme d’institution. On se
pose des questions, on crée des possibilités, des habitudes en amont des
institutions ». La démarche ne revient donc pas à négliger l’institution,
mais à s’y adosser : « Je ne fais pas sans l’institution,
l’institution ne me dérange pas – je ne veux pas en faire partie, mais que
quelque chose de valeur soit protégé par une institution “inerte” ne me dérange
pas. Le problème, ce sont les institutions qui à l’heure actuelle travaillent
avec la créativité. L’institution comme moyen de conserver, oui, mais pas comme
commanditaire. »
La fin
de l’entretien approche. Werner Moron insiste une dernière fois sur le
leitmotiv de sa démarche autour des principes actifs, qui lui a demandé dix ans
d’élaboration et de mise en place : « L’important, c’est de faire
circuler, entre les gens, entre les compétences, dans les interstices entre les
institutions. Je ne vois pas bien ce qu’est un travail personnel, mon travail
personnel se fait dans le collectif. On segmente tout aujourd’hui, et pas qu’en
art. C’est extrêmement efficace, mais cela coupe le lien. » L’art se situe pour lui dans les ponts, dans
les réseaux qui relient de multiples pratiques et compétences plus que dans
l’œuvre isolée sur son socle dans une salle de musée.
Le
début de la conférence-promenade sur le terril du Thier s’annonce. Avant de le
laisser, on pose rapidement à Werner Moron la question fil-rouge de
scènes-contemporaines : s’il devait nous faire découvrir un artiste dont
il trouve le travail particulièrement prometteur et intéressant, quel
serait-il ? Il nous désigne Emmanuel Louis qui, avec d’autres, nous a
rejoints à la table de jardin autour de laquelle s’est déroulé l’entretien.
« Emmanuel est musicien. Il se pose la question de l’organisation qui
prévaut à l’introduction de sa musique dans la société. Il n’estime pas que le
travail est fini quand la musique est pondue. Ce ne sont pas les méchantes
majors contre les réseaux hyper-confidentiels, il cherche des alternatives[3]. »
Propos recueillis par Aline Wiame et Céline De Potter le 30 avril
2010
Werner Moron participera à l’exposition L’Art
de l’irrévérence !, organisée au
Centre Wallonie-Bruxelles à Paris du 18 mars au 29 mai 2011 (plus
d’infos : http://www.cwb.fr), ainsi qu’à l’exposition Aux Arts, etc. - art public et politique au Musée de la Vie wallonne à Liège du 24 mars au 29 mai 2011 (plus
d’infos : http://www.viewallonne.be). Site Internet de Werner Moron :
http://www.wernermoron.be.
Fig. 7 : Werner Moron, Centre de remise en forme, Liège. [Photo : D.R.]
Encadré :
Le regard de
Juliette Mauduit, curatrice indépendante, sur le travail de Werner Moron
« Werner
Moron fait partie de ces artistes qui réfléchissent à l'art dans sa globalité à
la fois rationnelle et poétique. Lorsqu'on soulève aujourd'hui cette
problématique liée aux principes actifs de l'art, c'est sûrement à lui
qu'il faut s'adresser car elle constitue la pierre angulaire de son travail
depuis plus de quinze ans.
Après
s'être retiré du champ institutionnel de l'art, Werner n'a cessé de travailler
à l'émergence et à la reconnaissance d'un art à la fois instinctif et narratif.
Il était évident que dehors serait le seul endroit où Werner pourrait
développer sa réflexion. Ne nous méprenons pas, dehors ne veut pas dire nulle
part. Dehors, on rencontre les gens, les passants et ceux qui acceptent
de s'arrêter pour discuter avec un artiste qui, installé dans une tente ou un
wagon, tisse un lien fugace mais cependant remarquable contre une simple
orange, fruit-symbole des principes actifs de l'art chez lui. Car
l'échange avec l'autre ou avec la nature et l'environnement qui nous entoure
pourrait bien constituer un des principes actifs de l'art chez Werner. Elle est
l'outil grâce auquel des rencontres ont pu avoir lieu et desquelles ont découlé
des photographies, des vidéos, des peintures, ou encore des publications. En
échange d'une orange, les passants ont accepté que l'artiste fasse leur
portrait photographique, dans le cadre d'une performance intitulée 5 jours 5
nuits, Place des Carmes à Liège.
L’artiste
vit depuis avec cette intuition forte que l'art possède en son sein des principes
actifs qui lui sont propres, comme la botanique ou la cuisine pourraient en
contenir aussi. Cette alchimie entre la matière, les liants que provoquent les
échanges, la personnalité de Werner et toutes les potentialités qu'offre l'art
confère une vertu à ses œuvres, celle de tout principe actif, celle qui
permet à certaine chose d'exister, de mourir et de revivre à travers une autre
forme. Les œuvres de Werner Moron s'inscrivent dans ce cycle instinctif et
narratif. »
Juliette
Mauduit a
étudié la création artistique et le développement du territoire à l'Université
du Littoral, sur la Côte d'Opale. Aujourd’hui, elle vit et travaille à Liège
(Belgique) et rédige un mémoire sur le « Musée de l'Ephémère » de
Werner Moron. Depuis plusieurs mois
elle accompagne aussi l’artiste dans sa démarche de candidature auprès de la
Communauté française de Belgique pour la Biennale de Venise 2011.
[2] Centre public d’action sociale, équivalent du CCAS
français.
[3] Plus d’infos
sur : www.emmanuellouis.com
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