L’ « Art de l’autre » : Alix Cléo et Jacques Roubaud
Par Geneviève Guetemme, dans La Revue -# 111 - Fil RSS
Alix
Cléo Roubaud, gravement asthmatique depuis l’enfance, était hantée par la
maladie et la mort. Mais elle était aussi photographe et il semble que la
photographie ait joué un grand rôle pour l’aider à vivre. Terrassée par une
embolie pulmonaire à 31 ans, elle laisse son mari seul. Or, pour Jacques
Roubaud, l’écriture devient le seul geste efficace pour vaincre
l’anéantissement et penser la mort de l’être aimé. Il se lance dans un exercice
systématique de « prose de mémoire », qu’il intitule Le Grand Incendie de Londres, et un
travail de poésie qui donnera Quelque
chose noir.
Ici,
l’art comme principe actif semble avoir joué un rôle sur le plan très quotidien
de la vie avec et sans l’autre. Mais la poésie de Jacques Roubaud pour Alix et
la photographie d’Alix pour Jacques Roubaud, ont également continuellement
nourri et réorienté leurs recherches artistiques respectives, comme si l’art de
l’un avait eu besoin de l’art de l’autre, ou plus globalement, que la
photographie et la poésie avaient eu besoin l’une de l’autre pour se
développer. De ce point de vue, l’art, en plus d’être ici l’élément fondamental
d’une relation à la vie et à l’autre, semble avoir aussi eu le pouvoir de
générer de l’art.
Pour
questionner cette approche, nous essayerons, à partir des textes de Jacques
Roubaud et des photos conçues par Alix pour sa série intitulée Si quelque chose noir, de décrire et
d’analyser le rapport général à l’art et le rapport particulier à l’art de
l’autre, d’Alix Cléo et de Jacques Roubaud. Nous nous intéresserons notamment à
ce que l’art a pu avoir d’actif pour eux, avant et après la mort de la jeune
femme, à la fois dans leur rapport à la vie et dans leur rapport à l’art. Nous
tenterons aussi d’observer la distance et le contact établis avec la poésie par
la photographe et avec la photographie par le poète. Cela nous conduira à nous
interroger sur les formes offertes à l’art pour s’affirmer comme hommage et
comme mémoire.
Photographie active : apotropaïque
Pour
Alix, la photographie semble être un moyen de dépasser le manque de souffle et
la peur de mourir.Pour elle en
effet, la vie qu’elle traverse « enapnée
depuis ta naissance[1]»,
pour reprendre les termes de Jacques Roubaud, ne tient qu’à un fil (qu’à un
souffle) et elle pratique la photographie comme un autoportrait de sa survie.
Dans son journal, elle s’adresse souvent à son mari pour décrire cette
conscience de sa fragilité :
3.VIII.80 (…)
« Je vais mourir.
Tu vas me perdre,mon amour.
Je n’ai aimé que toi.
Je mérite la mort.
Je mérite la mort,stupide,inutile,amoureuse.
Tu me verras morte Jacques Roubaud. On viendra te chercher. Tu identifieras mon cadavre[2].»
En
fait, elle ne cesse de projeter sa propre disparition et ses photographies –
noir et blanc – mettent en scène sa propre mort : comme pour l’apprivoiser.
C’est
ce que montre notamment sa grande séquence intitulée Si quelque chose noir[3]
où son corps nu apparaît et disparaît, en sur- ou sous-exposition avec des
surimpressions, obtenues en gardant l'obturateur ouvert. Ces surimpressions
multiplient les images de son corps dans le même espace[4], parfois jusqu’à
saturation.
Les
images de la série la montrent, soit debout dans la pièce, soit allongée sur le
sol, alors que sa silhouette, reproduite plusieurs fois de façon plus discrète,
se déplace comme une ombre dans l’espace de la chambre ou près de la fenêtre.
Il est important de noter que chaque silhouette est à la fois ombre et
lumière : soit parce que les rayons lumineux se fixent au niveau de la
poitrine et des poumons (lieu de la maladie) alors que l’arrière du corps reste
noir, soit parce que c’est un corps sombre, le mot « ombre » dans le
monde latin, évoquant à la fois l’ombre et le reflet, à savoir la zone sombre
due à l'interception de la lumière par un corps mais aussi la reproduction de
ce corps en miroir[5].
Au sol, enfin, sous l’effet de la perspective, des traits de lumière forment
souvent une flèche qui fait glisser le corps le plus visible, debout ou
allongé, vers ceux qui sont plus sombres ou complètement fantomatiques.
Comme
Narcisse ou Orphée, Alix semble tentée de passer de l’autre côté (vers la
fenêtre, vers les corps plus sombres ou évanescents), mais elle reste sur un
seuil. Elle représente l’hypothèse du « corps d’ombre » qui l’attend.
D’où le titre Si quelque chose noir
pour sa série.
Par
ailleurs, en devenant à la fois noire et blanche et inversée, elle passe aussi
du côté de la photographie. Photographie qui tue, aussi sûrement que la maladie
en faisant presque disparaître les corps, sur- et sous-exposés, soumis à trop
d’obscurité ou à trop de lumière. Photographie qui concentre le regard en un
point de vue unioculaire qui fixe ou « pétrifie » son sujet.
Photographie basée sur le désir de regarder, sachant
que « regarder » peut être épouvantable et la sanction tout
simplement mortelle. Photographie médusante qui, confrontée au spectacle de la
mort, prend le risque d’être elle-même médusée.
Alix
Cléo Roubaud pratique une photographie mortifère qui tend à transformer l’acte
de regarder en rencontre avec Méduse. Sa photographie donne à voir la mort et,
de ce point de vue, l’en rapproche, mais elle l’en protège en même temps. En
effet, « l’épouvantable est censé repousser l’épouvantable», écrit Jean-Pierre Vernant[6]. C’est le principe de
toutes les réalisations apotropaïques[7], à la fois conjuratoires et prophylactiques, propres à détourner le mal, mais
dangereuses quand elles sont manipulées sans précaution. Dans les
photographies d’Alix, la mort est toujours présente, mais les corps (d’Alix)
humanisent cette mort. Ils lui font perdre son étrangeté. La mort devient celle
qui, à la fois, regarde Alix et ressemble à Alix : « familière »
et « autre », inquiétante et sécurisante.
Pour
Alix Cléo Roubaud, l’art photographique est doublement actif, en bien et en
mal : c’est un art risqué. Et cela d’autant plus que ses photos sont des
autoportraits. En effet, selon Jean Clair, tout autoportrait est déjà en soi,
une tête de Méduse : «Narcisse changé en Méduse, un reflet qui n’offre
plus la délectation de soi mais vous jette dans les affres de la mort[8] ». C’est pourquoi Alix
Cléo n’« attaque » jamais de manière frontale. Elle prend ses photos
en jouant avec des miroirs (boucliers) ou en utilisant le retardateur :
elle photographie comme en s’extrayant de son propre regard. Chaque photo est
ensuite « composées » en chambre noire, son travail du négatif
consistant, selon Alix, à « faire danser le singulier, le répéter, le
faire tourner sur lui-même le faire pivoter bouger chanter. Répéter le
singulier et le faire chanter. Répéter[9].» Ce travail lui permet de
prendre encore plus de recul pour considérer l’Autre et éviter la confrontation
brutale et fatale.
Rakki taï - Ryoho tai
La
photographie d’Alix est une photographie en tension, à l’image de son écriture
dont la typographie (canadienne) heurte nos habitudes de lecteur. Cette
écriture est, selon son mari, marquée par
« une attention et une tension extrême, contre l’orgueil
de la tentation de mort, constamment renaissante (le suicide, selon Saint
Augustin, est un péché d’orgueil) pour dompter les démons (le premier
titre, abandonné, de sa grande séquence, Si
quelque chose noir, avait été rakki tai, et le ‘raki tai’ désigne un des
styles de la poésie médiévale japonaise, le style ‘pour dompter les démons’)[10].»
Ce
style consiste à « composer élégamment et d’une manière touchante. Aussi
effrayant l’objet soit-il dans la réalité, une fois chanté en poésie, il
devient, à l’écouter, élégant[11].»
L’alcool,
les médicaments, le tabac, l’idée du suicide (elle fait plusieurs tentatives),
sont des démons qu’Alix évoque continuellement dans son journal. Et ses
photographies, dans le style « rakki taï » sont censées avoir le
pouvoir de les exorciser. Dans son Journal,
elle cite plusieurs fois le terme« rakki
taï » sans l’expliquer, comme quelque chose d’entendu. Elle désigne alors
son travail photographique en cours qui donnera sa série Si Quelque chose noir. Pour elle et Jacques Roubaud en effet, le
terme était familier, Jacques Roubaud ayant beaucoup travaillé sur les
«anthologies impériales». Spécialiste de la poésie japonaise médiévale, il se
sert souvent des styles de cette poésie pour décrire des objets, comme cette
photographie d’Alix qui, selon lui, a « comme un effet de style
yūgen : grand calme un peu mystérieux, tranquillité, paix,
apaisement, un monde en arrière plan, énigmatique. J’aimerai y parvenir un
jour, en quelques pages[12].»
L’utilisation
du terme « rakki taï » par Alix montre qu’elle avait fait sienne
cette habitude. En fait, pour comprendre son œuvre, il faut, comme elle, se
frotter à celle de l’autre (au travail et aux préoccupations de son époux). Il
faut aussi voir que cette appropriation n’a rien d’une préciosité gratuite. En
fait, ces styles d’un autre temps et d’un autre continent permettent à Alix de
déplacer ses hantises. Ce déplacement est géographique, temporel et artistique.
Il lui permet de prendre de la distance en glissant dans un autre monde et dans
une autre langue. Il lui permet surtout de passer du côté de la recherche
littéraire et de la recherche d’un autre (un homme, son mari). Il lui permet de
se dédoubler, le double étant au centre de son travail. En effet, en plus des
surimpressions qui la montrent plusieurs fois dans une même image, certaines de
ses photos vont par deux avec des systèmes de variations entre les couples
d’images (changement de lumière, position) de façon à montrer que du temps a
passé entre les deux prises. Pour elle, cette « doublure des choses n’est
pas une profondeur mystérieuse: elle est à la fois l’instant qui précède
ou qui succède à la photo, qu’on ne voit pas; elle est donc l’image de notre
mort. Ces choses pourraient ne pas être là, après tout : mais moi non
plus, et avec moi, disparaître le monde – telle est la folie de la photographie[13].»
Ces
images appliquent, selon elle, le Ryoho
tai ou « style du double ».« Peut-être la mort est
le rabattement de l’un sur l’autre, l’image de ma mort future projetée sur
l’écran de ma mort réelle, ou alors me cachant[14]?»
Mais si
les recherches « encyclopédiques », de Jacques Roubaud l’aident à
catégoriser son propre travail et à avancer dans la construction de ses projets
artistiques, cette influence de l’autre n’est pas toujours aussi positive. Dans
son Journal, elle se plaint notamment de ne pas pouvoir écrire, alors qu’elle
avoue avoir espéré, un temps, être écrivain: « Impossibilité
d'écrire mariée à un poète », un
« manieur de la langue ».
Pourtant, Jacques Roubaud n’est pas Rodin et Alix ne serait sans doute pas
devenue folle comme Camille Claudel, mais dans une culture et un monde
artistique toujours dominé par les hommes, il lui a sans doute paru préférable
de mettre son écriture en retrait. Par ailleurs, la photographie lui demandait
toute son énergie et lui permettait de s’exprimer de façon très personnelle.
Jacques Roubaud s’inspirera de la typographie d’Alix dans Quelque Chose Noir, comme pour « réparer ».
La muse
Toutefois,
le fait de reconsidérer certains choix créatifs, ne veut pas dire qu’elle y
renonce. Elle écrit son Journal et
demande à son mari de le lire après sa mort, en espérant sans doute, lui offrir
à la fois des informations et un plaisir littéraire. Elle s’intéresse aussi à
ses recherches poétiques puisque Jacques Roubaud, évoquant son travail sur le
vers, se souvient d’une proposition d’Alix pour que « l’Oulipo s’occupe
d’une variété nouvelle de rime dont le principe serait non plus “ a puis
b” mais plus agressivement “a mais b”[15].»
Mais
surtout, leurs discussions croisent continuellement poésie et photographie pour
générer des photographies et de la poésie. C’est ce qu’indique ce souvenir de
Jacques Roubaud à propos d’un échange sur l’Eloge
de l’ombre[16]. Cet
échange, lié aux préoccupations esthétiques d’Alix, sera à l’origine d’une
série londonienne[17]
et d’une composition poétique intitulée Ombre,
éloge inverse, « née de ces photographies, de cette discussion, et de la
lecture du Prototractatus de
Wittgenstein[18].»
En
fait, leur vie commune les amène à travailler en association étroite. Surtout
le soir, dans
« ces heures du début de la nuit, qui étaient proprement les nôtres, avant la pleine et totale nuit qui lui appartenait exclusivement (pour la maladie, la mélancolie, mais aussi pour la pensée, pour la photographie) (et ces heures là, maintenant, il me faut les oblitérer absolument, sous n’importe quel sommeil ; ne voir personne après huit heures du soir, ne pas répondre au téléphone ; ne pas être là). (…) ces heures étaient notre propriété conjugale commune, indivise[19].»
C’était
le soir notamment, qu’elle parlait de son projet à elle, « buvant sa
Guinness dans le laid fauteuil de cuisine face à moi, dans ces moments
intensément conjugaux du soir, entre les nourritures, les boissons, et le récit
des journées[20].»
Elle
aimait enfin, selon Jacques Roubaud, se considérer comme sa muse. « La Muse » : c’est le titre
qu’elle donne à cette photographie qui montre le poète à son bureau avec Alix
penchée sur lui. Image intime qui traite de leur vie à deux et qui présente
aussi une approche de la figure de l’artiste comme « soutenu », sinon
« encadré », par l’autre. Ses cheveux noirs viennent
« continuer » le crâne du poète alors que ses bras l’enveloppent et
le maintiennent sur son fauteuil : elle a un bras tendu d’un côté et un
autre plié sur l’épaule de Jacques Roubaud. Elle l’enlace et cela
doublement : de côté et par derrière (dans le miroir) – avec son corps et
avec sa photographie. Ici, le poète-philosophe « à la Rembrandt »
devant sa fenêtre, semble tenir son inspiration des livres (sur la table), de
la lumière, mais surtout de sa femme-photographe qui elle-même se nourrit
autant de lumière que d’échanges avec son époux. Dans le miroir, Alix, blanche
et presque transparente, ressemble à l’ange qui, selon la légende, aide
Saint-Luc à finir le portrait de la Vierge. Alix nous propose ici une image de
« l’art à deux ». Elle nous montre un art poétique et une
photographie, constamment actifs l’un envers l’autre et dont la rencontre
se transforme, dans le miroir, en éblouissement.

Fig. 1 : Alix Cléo Roubaud, La Muse, in Alix Cléo
Roubaud, Journal (1979-1983),
coll. Fiction & Cie ©
Éditions du Seuil, 1984, 2009.
Ecriture active : thérapeutique
Quand
Alix meurt, c’est Jacques Roubaud qui ne peut plus écrire. Il ne peut plus
écrire de poésie : « Ce qui est devenu nul, pour moi, depuis janvier
de l’année 1983, ce que je ne peux même plus penser, c’est la poésie. (…) La
poésie, parce que j’avais pris l’habitude de la lire à haute voix, de lire en
public, et pour elle, avec qui je vivais, s’est arrêtée pour moi[21].» Il abandonne également
le Projet qui pendant plus de vingt
ans a été au cœur de son existence : un roman dont le titre aurait été Le Grand Incendie de Londres. Ce Projet était selon lui « une
illusion nécessaire » qui l’a soutenu « dans
l’effort, simultané sur plus de cinq ans, d’une thèse de mathématiques et d’un
livre en sonnets[22].»
Ce Projet a commencé à se
matérialiser au moment de son mariage : « j’étais persuadé d’avoir trouvé, enfin, des conditions
satisfaisantes, un équilibre raisonnable entre les tâches, infiniment plus
modestes, de la quotidienneté et une prose sans obligation. J’ai poursuivi
assez longtemps. Mais tout ce que j’ai écris alors, ou presque, est désormais
caduc, et cette fois par un événement sans ironie et irrémédiable, une mort[23].» Cela veut-il dire que
l’art comme principe actif (le Projet
était une décision vitale face au « jugement
de nullité de ma vie, de toute vie[24].»éprouvé après le suicide de son frère) ne fonctionne que dans
certaines conditions ? Ou, autrement dit, qu’une pratique artistique conçue en
réaction à une mort s’annule, face à une autre mort ? Sans doute, l’art
comme force de vie, doit-il être repensé à chaque fois que la vie bouleverse
les conditions de la création.
Avant
la mort d’Alix, Jacques Roubaud pensait son Projet
comme « biipsiste » : « la
relation biipsiste est clairement de l’ordre de l’amour. (…) Je voulais vivre
un projet de poésie, et sa fiction ; et ils devaient répondre à l’idée
d’une vie qui en serait entièrement saisie. Mais un état d’amour n’avait pas
été durablement possible[25].»
Pour
continuer à écrire, Jacques Roubaud doit donc élaborer un nouveau projet (sans majuscule) qui, « sous
le titre le Grand Incendie de Londres.
Va remplacer le double rêvé, impossible, abandonné d’un autre Grand Incendie de Londres[26].» C’est un exercice de
prose que le poète s’impose tous les matins, toujours à la même heure, « pour poursuivre, pour échapper à
l’angoisse qui m’attend dès que je m’interromps[27].» Tous les jours, il
dépose sur un cahier, une « tranche
autonome de prose (…) sorte de bande de papier blanc rayée régulièrement
de lignes noires très serrées, d’une écriture minuscule et presque illisible
(elle l’est parfois même pour moi), entre d’autres lignes, rouges ou vertes, où
sont les indications de date (de composition), un numéro d’ordre, des espèces
de titres[28].»
Ecrire lui apporte alors une sorte d’« apaisement artisanal ». Il aime notamment s’arrêter « un moment devant la surface
méticuleusement remplie d’une page achevée. Certes ce n’est pas là ce
qu’on appelle une vraie raison. Je veux dire seulement : cela me soulage,
c’est ainsi[29].
»
L’écriture
« sans ratures, sans repentirs,
sans impatience, aux mêmes heures toujours, le plus près possible de la
continuité myope du présent irréversible et détesté[30] » permet à Jacques
Roubaud de continuer à vivre. Elle lui permet de tenir à distance l’angoisse et
le désespoir. Elle fait « passer » sa solitude imposé, en donnant
l’impulsion d’un mouvement (avant de recommencer à écrire, il ne bougeait
presque plus).
C’est
une écriture qui l’aide d’autant plus qu’elle s’appuie sur toutes les images
qu’Alix lui a laissées et qui l’entourent encore : « Entouré
d’images de toi, choisies par ton regard. choisies et par ta pensée éclairées.
pensée de l’argent du noir. dispersé en images de toi[31]. »
Ainsi,
le récit de la première « branche[32] » du Grand Incendie de Londres décrit-il
deux photographies de Fès (une claire
et une sombre) et la Sieste. Ces
photos servent « d’exemple et de
modèle, en même temps que de souvenir et de soutien : modèle de quelque
chose qu’autant, au moins, que la mémoire incertaine d’elle-même,
évanouissante, je voudrais “prendre” en prose[33].» En faisant des photos
d’Alix le support de son écriture, Jacques Roubaud permet à la jeune femme de
continuer à l’accompagner. Il confirme ici le pressentiment d’Alix qui montrait
dans la Muse, son reflet prendre le
relais de son corps, pour suivre son mari dans sa « prose lente sur son chemin de papier[34]».
Prose
lente dans la mesure où chaque ligne de ce récit, que Jacques Roubaud conçoit
comme un « traité de
mémoire […] réduit au compte rendu d’une expérience unique, avec ses
protocoles et son mode propre de restitution[35]», est douloureuse, mais « indispensable
à ma survie de solitaire[36]». Les « débris » et les « ruines »
rassemblés au cours de tous ces matins d’écriture, lui permettent petit à petit
de s’envisager « dormant et
respirant ailleurs qu’ici[37].»Pour lui,« là est la force négative de cet
écrit sur mon existence : je ne pouvais pas partir sans en venir là où je
suis maintenant. »Grâce à
l’écriture, le « décor
paralytique de mes nuits va changer, (…) il n’en restera rien[38].» L’écriture, de Projet en projet, lui permet de faire son deuil.
Ecriture active : passage par l’image
La
poésie, avec laquelle il finit par reprendre contact, lui permet également
d’exposer sa souffrance et de la surmonter. En 1986, il publie un recueil où il
s’attaque au démon du noirqui s’est
emparé de lui :« quand je me réveille, il fait noir : toujours[39].» C’est le noir du deuil
et du néant où la vision et la photographie ne sont plus possible. D’où le
titre Quelque chose noir, l’hypothèse
en moins. Les textes de ce recueil sont paradoxalement très visuels et
s’appuient sur ce qui reste d’Alix après sa mort : un corps inerte,
« ta main pendait au bord du lit.
Tiède. Tiède seulement. Tiède encore[40]. »
et des
photos, comme
« Cette photographie, ta dernière, je l’ai laissée sur le mur,
Où tu lavais mise, entre les deux fenêtres,
Et le soir, recevant la lumière, je m’assieds, sur cette
Chaise, toujours la même, la regarder, où tu l’as posée,
Entre les deux fenêtres…[41]»
En
plaçant le texte à l’orée d’une image, Jacques Roubaud met en évidence la force
transformative de l’écriture. Ecriture qui permet de « faire briller la présence d’un être antérieur à la
disparition[42]».
Ecriture qui donne « au même
moment à cette disparation un statut autre et plus que la pure, que la simple
absence, un statut second[43]». Les poèmes, à la fois
texte et image, visualisent l’entre-deux dans lequel se maintien celui qui fait
son deuil : ils aident au glissement nécessaire vers l’acceptation de la
mort d’Alix.
A la
fois « hors » et « dans » la mort, les images qui habitent
son texte sont généralement doubles. Le noir par exemple, est en même temps
couleur du deuil et couleur érotique : c’est la couleur des cheveux et du
pubis, ce « noir posé épais sur
le point.vivant. de ton ventre[44].» C’est la couleur de
l’érotisme mélancolique propre à une femme-ombre, désirable et disparue. « Il pourrait me venir à l’esprit
de te comparer à un corps noir, rayonnant d’une distance énorme, quasi infinie,
une sombre lumière qui n’arrête pas de me parvenir[45].» C’est aussi un noir qui
s’efface et qui se laisse envahir par le blanc[46] puisqu’Alix n’a plus
d’épaisseur. Elle est devenue un « entre transparent[47]» sans intériorité à
expirer. Elle n’a plus d’entrailles ou « antre opaque » pour reprendre les termes de G.
Didi-Huberman[48]
et elle n’a plus d’extérieur non plus :
« Disparue de l’extérieur, des arbres formes vides, des airs, des pluies.
Disparue de l’l’intérieur, du baiser, vérité vide[49].»
Jacques
Roubaud la ramène à un souffle et fait ici écho à cette
photographie qu’elle avait réalisé la nuit, l’appareil posé sur sa
poitrine devant des cyprès avec un temps d’exposition de 15 minutes : Quinze minutes la nuit au rythme de la
respiration. Cette photographie étant, selon lui « autant photographique du souffle que des cyprès[50]».
Mais
Jacques Roubaud ne décrit pas seulement la transformation d’Alix. Il visualise
également sa transformation à lui et notamment l’évolution de son propre
souffle qui s’est condensé, accentué, la disparition d’Alix l’ayant lui aussi
privé d’air. La syntaxe de Quelque Chose
noir est en effet hachée, le vocabulaire réduit et la ponctuation génère
des hachures permanentes et systématiques. Le point par exemple, que Jacques
Roubaud utilise peu dans ses textes antérieurs, est ici omniprésent, aussi bien
à la fin des phrases ou des poèmes, qu’au milieu des phrases elles-mêmes.
« Quand ta mort sera finie. Et elle finira parce qu’elle parle.
Quand ta mort sera finie. Et elle finira. comme toute mort. Comme tout.
Quand ta mort sera finie. Je serai mort[51].»
Ce ne
sont pas des points qui viennent clarifier : ils rappellent la fin
violente d’Alix. Mais ils rappellent aussi Alix vivante et la façon dont elle
ponctuait son Journal.
Jacques
Roubaud utilise aussi des blancs pour visualiser l’absence et la décoloration
du corps sans ombre d’Alix :
« Quelque chose va sortir du silence, de la ponctuation, du blanc remonter jusqu’à moi
Quelqu’un de vivant, de nommé : un poème d’amour[52]»
Ils
forcent la phrase à des interruptions constantes, mais ils apportent aussi de
l’air, cet air qui manquait cruellement à Alix. Ici, Jacques Roubaud lui offre
une nouvelle respiration. Il ne la ramène pas pour autant du côté des vivants.
Il fait seulement coïncider son texte avec le corps-lumière-photographique qui
se penche sur lui dans le miroir de la photo la Muse. Il donne naissance à un corps-souffle-mémoire et par là
même, accepte enfin une Alix devenue image.
Ecrire pour « continuer » et
« finir »
Sa
construction poétique exprime une extrême détresse, mais surtout essaie de
marquer une limite : entre ce qui devrait continuer et ce qui s’arrête.
Tout au long du recueil en effet, l’alternance, inégale, de la prose et la
poésie induit des coupures, mais elle suggère aussi la possibilité d’un
dialogue continué. Prose et poésie se parlent, comme pour faire durer, les
échanges que Jacques Roubaud et Alix avaient lorsqu’ils vivaient ensemble. Mais
si le poète s’adresse souvent directement à son épouse, leur
« conversation » vient surtout mettre un terme à des discussions
laissées en suspens. A propos des difficultés d’Alix face à l’écriture par exemple,
il évoque son propre blocage « marié(e)
à une morte[53]». Ou bien, se rappelant une photographie
intitulée l’Image de ta mort, qu’Alix
lui avait donnée et à propos de laquelle elle écrivait dans son journal :
6/7. I. 80 «Jacques regarde sa propre mort,qu’il éclaire,sans visage,de sa main.Lui ai apporté cette image aujourd’hui comme pour m’en défaire.Des cadeaux dont on ignore le sens.
Dégager l’âme des choses.Leur double incorporel.Ton autre visage,celui que tu ne vois pas,en deça de ton œil,au-delà de ta vie ;redoublement né du regard amoureux :je t’aime jusque-là.
Evidemment,ce n’était pas un cadeau ordinaire celui de te livrer,à deux heures un dimanche après-midi,l’image de ta mort[54].»
Jacques
Roubaud répond :
« Evidemment ce n’était pas un cadeau ordinaire. Celui de me livrer, à cinq heures du matin, un vendredi, l’image de ta mort.
Pas une photographie.
La mort même même. Identique à elle-même[55].»
Dernière
phrase où la répétition, deux fois du même mot, suivie d’un synonyme, traduit
une immobilisation de son corps et de sa pensée. Jacques Roubaud devient bègue,
il perd le contrôle physique de sa langue, se heurte à la mort comme à un mur.
Il ne voit qu’elle, il sait qu’il n’en sortira pas et qu’il doit maintenant
« faire avec ». En fait, il accepte la photographie en question. Il
accepte l’amour d’Alix qui consiste à « l’aimer jusque là » (même
mort) et avoue lui-même : « Je t’aime jusque là[56].» « Jusque
là », qui n’est plus une hypothèse. Il doit l’accepter et son
« bégaiement » montre combien c’est difficile.
Quelque Chose Noir
présente un dialogue d’outre-tombe qui s’affirme comme tel. Il ne s’agit pas de
créer l’illusion du vivant, mais de restituer la quintessence d’un amour qui
« refuse de s’éteindre et ne peut se passer des mots de l’autre pour se
réaffirmer vivant[57]».
Ce dialogue met en avant la continuité de la vie et du dire tout en donnant à
Alix « une stabilité hors de toute atteinte[58]». Il transforme en effet
le souvenir d’Alix en « souvenir écrit ». Or, selon Jacques Roubaud,
l’écriture est une opération qui fait sortir le souvenir de son lieu d’origine
(l’intérieur de soi) et en fait vraiment quelque chose du passé.[59] L’écriture fixe Alix dans
sa mort en la ramenant à une « trace devenue noire[60]».
En
fait, la force élégiaque de Quelque Chose
noir édifie un « monument » au corps et à l’œuvre d’Alix,
maintenant qu’elle s’est définitivement absentée. Mais les poèmes permettent
aussi, d’une certaine manière, de maintenir son regard du côté du présent. En
effet Jacques Roubaud, tout au long du recueil, indique ce qu’il voit, à
savoir, à la fois : une
béance[61] et des photographies. Or
pour lui, regarder une photographie consiste toujours à « découvrir d’où,
d’imaginer dans quelles circonstances et d’où un œil les a conçues[62]». En parlant des photos d’Alix, il se met, et nous met, en
situation de revoir ce qu’elle a vu[63]. Il tend, en fait, à
inverser la situation de La Muse en
s’insérant dans la béance, dans le « creux » laissé par le corps
absent et en relayant le regard d’Alix auquel il substitue son propre regard. L’espace
laissé vacant par Alix disparue devient pur « regard », ce regard,
devenu poème étant ici, la matière de la mémoire.
Conclusion
Avec
Jacques Roubaud et Alix, la photographie et la poésie agissent pour soutenir
deux êtres et deux œuvres. Et cela, au-delà de la mort.
L’accompagnement
conjugal et littéraire de Jacques Roubaud permet à Alix de développer et
d’approfondir un travail photographique érotique et tragique qui l’engage dans
un « pas de deux »avec la
mort. Photographie d’un corps noir que Jacques Roubaud compare au boojum de Lewis Carroll[64] : « bête
fabuleuse, d’une espèce inconnue de tous les naturalistes et dont la variété la
plus évasive se nomme boojum. Malheur à celui qui, chassant le snark, tombe sur
un boojum : il disparaît aussitôt. Et le boojum avec lui d’ailleurs[65].» C’est la photographie d’une ombre où, comme dans la chasse au
Snark, chasseur et chassés sont voués à disparaître puisque « tout ce
qu’elle attrape, êtres et choses et le photographe avec, est boojum[66].» Photographie mortifère
où le sujet et le photographe sont, tout deux, happés par le cliché. C’est ce
qui arrive à Alix Cléo qui est d’autant plus condamnée à disparaître qu’elle
est elle-même le sujet de ses photographies et que sa conversation avec la mort
matérialise une limite, entre sa présence et sa disparition, entre sa capacité
de voir et l’anticipation de sa cécité.
En
réponse à cette photographie et à ses modalités de disparition, Jacques Roubaud
oppose une disparition de l’image de la mort :
« Cette image se présente pour la millième fois à neuf
Avec la même violence[67]»
par une
poésie à laquelle il impose le plus de coupures possible avec des points
intempestifs, des retours à la ligne et des espacements d’interlignes qui
mettent les phrases et la description en suspens.
Jacques
Roubaud n’a pas sauvé Alix « de la nuit difficile »,mais en faisant
que ses souvenirs visuels, brûlants et insupportables
de la nuit du 28 janvier 83, deviennent « écriture », il laisse à
l’art le soin de faire le lien entre la vie et la mort, entre présence et
absence, immobilité et mouvement, texte et image. Mais surtout, il transforme
l’événement en mémoire.
En plus
d’un travail de deuil, il opère un déplacement artistique qui
« finalise » la rencontre de leurs deux œuvres. Les photos d’Alix
étaient déjà de l’ordre de la « saisie » : de la lumière et de
l’obscurité, du temps et de l’autre (elle vivante et déjà morte dans Si quelque chose noir ou l’être aimé
dont elle est la Muse). Elles
deviennent le support d’un saisissement poétique qui mène à la fois à « Rien », le dernier poème de Quelque Chose Noir, et à un regard. Un
regard qui continue à agir dans la vie et dans l’œuvre de celui qui l’aimait.
Un regard qui devient le centre d’un «espace de mémoire».
Alix
Cléo et Jacques Roubaud présentent une photographie et une poésie
« actives » qui leur permettent de vivre malgré la mort anticipée et
la mort vécue. Photographie et poésie s’appuient l’une sur l’autre pour
produire, tous les matins, de l’art – poétique – dédié à l’art et au regard de
l’autre.
Geneviève Guétemme
Geneviève
Guétemme est
maître de conférences à l’IUFM Centre Val de Loire/Université d’Orléans –
France. Ses recherches portent sur les différents états de l’image et de leurs
limites, sur les relations texte/image (notamment sur les liens qui unissent la
poésie française contemporaine à la photographie).
[1] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir,
Paris : Gallimard, coll. poésie, 1986, p.142.
[2] ROUBAUD
Alix Cléo, Journal, Paris :
Seuil, 2009(première édition 1984), p.65.
[3]
Séquence exposée à Arles l’année de sa mort en 1983. L’ensemble de la série est
publiée dans la dernière édition du Journal, 2009.
[4] Toutes
les photos ont été prises dans la maison familiale des Roubaud à Saint-Félix.
[5] La
formule d’Ovide : imaginis umbra (Métamorphoses, III, v.434), décrit Narcisse en arrêt devant
l’«ombre d’une image». La formulation
habituelle selon laquelle « Narcisse
contemple son reflet dans l’eau à la fontaine » a effacé l’ambiguïté de la source. Mais l’idée de l’ombre
comme d’une image qui associe lumière et obscurité s’est maintenue dans la
tradition poétique – notamment à travers les multiples variations sur le mythe
de Narcisse.
[6] VERNANT Jean-Pierre, L'individu, La Mort, L'amour, soi-même et
l’'autre en Grèce ancienne, Paris : Gallimard,
Collection « Bibliothèque
Illustrée », 1992.
[7] Du grec ancien ἀπο-τροπή
(« action de détourner, d’empêcher ») de ἀπο-τροπαιος
(« protecteur, tutélaire »), désigne une représentation ou
un objet destiné à éloigner le mal. Qui détourne le danger, qui protège.
[8] CLAIR
Jean, Méduse, Contribution à une anthropologie des arts du visuel, Paris : Gallimard,
Collection « Connaissance De
L'inconscient », 1989.
[9] ROUBAUD Alix Cléo, Journal, op. cit., p.31.
[10] ROUBAUD
Jacques, introduction du Journal, op. cit., p.9.
[11] Ibid.
[12] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
Paris : Seuil, coll. « Fiction & Cie », 2009, p.25 :
remarque écrite à propos de la photographie Fès.
[13] ROUBAUD Alix Cléo, Journal, op. cit., p.22-24.
[14] ROUBAUD Alix Cléo, Journal, op. cit., p.200-201.
[15]ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op. cit., p.70.
[16] De
Junichiro Tanizaki, 1933 : essai sur l’esthétique japonaise
traditionnelle.
[17] Photos
de Londres dont : Portrait de
Jacques Roubaud en « éminent victorien » où Alix met l’esthétique
japonaise en parallèle avec l’esthétique victorienne.
[18] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op. cit., p. 304 – Alix avait
commencé une thèse sur le statut de l'image chez Wittgenstein.
[19] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.34.
[20] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.35.
[21] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.54.
[22] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.52.
[23] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.54.
[24] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p. 53.
[25] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p. 196.
[26] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.32.
[27] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p. 19.
[28] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p. 26.
[29] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.27.
[30] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.28.
[31] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op.cit., p.78-79.
[32] Cette
branche s’intitule La Destruction et
raconte l’abandon du Projet.
[33]ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p24.
[34] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p. 35.
[35] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p. 92.
[36] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.131.
[37] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.199.
[38] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.200.
[39] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op.cit., p.33.
[40] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op.cit., p.15.
[41] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op.cit., p.91.
[42] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op.cit., p.87.
[43] Ibid.
[44] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op.cit., p.43.
[45] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op.cit., p.85.
[46]
MONTEMONT Véronique, Jacques Roubaud
l’amour du nombre, Lille :
Presses universitaires du Septentrion, coll. « Perspectives », 2004 :
« De manière apparemment paradoxale par rapport au titre du recueil, le
blanc y est plus souvent évoqué que le noir ».
[47]
DIDI-HUBERMAN Georges, Gestes d’air et de
pierre. Corps, parole, souffle, image, Paris : Editions de Minuit,
2005, p.60.
[48] DIDI-HUBERMAN Georges, op.cit., p.27.
[49] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op. cit., p.68.
[50] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.399.
[51] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op. cit., p.67.
[52] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op. cit.,
p.124.
[53] Le
« e » entre parenthèse prend en compte la plainte initiale de son
épouse, incapable d’écrire, mariée à un poète.
[54] ROUBAUD
Alix Cléo, Journal, op.cit. p.22-24.
[55] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op. cit , p.16.
[56] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op.cit., p.15.
[57]
MONTEMONT Véronique, op.cit., p. 249.
[58] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op.cit., p.87.
[59] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.293.
[60] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.292.
[61] « Ce qui maintenant manque Toi, … » QCN92
[62] ROUBAUD
Jacques, Le Grand Incendie de Londres,
op.cit., p.24.
[63]
Véronique Montemont rappelle dans son analyse qu’il suit, en cela, Barthes qui
considère qu’il faut s’intéresser aux images photographiques, non pas pour ce
qu’elles représentent (ce que Roubaud appelle « le piège photographique ») mais pour le fragment de
temps qu’elles ont mobilisé et immobilisé. p. 98.
[64] CAROLL
Lewis : La Chasse au Snark (The Hunting
of the Snark), édition illustrée, traduction de Jacques Roubaud, Paris :
Gallimard, coll. « Folio », 2010.
[65] ROUBAUD Jacques & GARRETA Anne F., Eros mélancolique,
Paris : Grasset, 2009, p.105.
[66] Ibid.
[67] ROUBAUD
Jacques, Quelque chose noir, op.cit., p.11.
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