« Dans le style » : esquisse d’une mise en forme de l’émancipation
Par Hubert Gendron-Blais, dans La Revue -# 99 - Fil RSS
« Mais les
êtres s'échappent toujours, et nous leur échappons aussi, ils sont sans
contours fermes. La vie, de ce point de vue, est sans style. Elle n'est qu'un
mouvement, qui court après sa forme, sans la trouver jamais. »
Albert Camus (L'Homme
révolté)
En cette ère où
s'accumulent et se dispersent les sphères détachées du monde sensible, l'art
est à la recherche du principe même de sa propre inscription dans le réel, et
donc de sa capacité à transformer celui-ci. La notion de style, trop souvent
évacuée en sciences sociales, constitue un point d'appui significatif pour
développer une réflexion sur le caractère manifeste de l'art.
En effet, au-delà du caractère galvaudé du concept de style en
histoire de l'art[1],
la stylisation recèle d'un important potentiel émancipateur. Puisque
l'émancipation – comprise comme un mouvement cohérent et constant de refus et
d'affirmation du monde vers l'autonomie collective et individuelle[2] – nécessite la création de formes politiques
nouvelles en mesure de réaliser son contenu, il convient aujourd'hui de
postuler que le style réside au fondement de cette mise en forme esthétique du
monde.
C'est à partir de ce
postulat que nous développerons une série d'interrogation autour du principe
actif de l'art. En quoi le concept de style peut-il être un vecteur
d'émancipation et comment peut-il s'articuler dans une pratique esthétique
quotidienne? Le principe actif de l'art résiderait-il dans la stylisation?
Comment le concept de style peut-il amener une effectivité de la vision
artistique dépassant la pratique des artistes mêmes?
La stylisation
comme lien
Penser le
style de l'œuvre d'art, c'est penser celle-ci en totalité, comme nous le
rappelle Sontag[3].
Transgressant toute dichotomie entre forme et contenu, la notion de style peut
être perçue comme un lien, une conjonction, une unité dirait Camus. En effet,
pour l’auteur de L’Homme révolté, le style est la transformation imposée
au réel par l’artiste en quête d’unité, la correction, à travers la pratique
artistique, des éléments puisés dans la réalité pour en disposer de manière
signifiante. Cette unité de la démarche artistique se situe dans la quête stylistique
comprise comme équilibre entre la forme et le contenu de l’œuvre. Or selon
Camus, la stylisation est indissociable de la révolte, ce qui la rend donc
commune à tous les artistes :
« Par
elle, l'effort créateur refait le monde et toujours avec une légère gauchissure
qui est la marque de l'art et de la protestation. (...) La création, la
fécondité de la révolte sont dans cette gauchissure qui figure le style et le
ton d'une œuvre. L'art est une exigence d'impossible mise en forme. Lorsque le
cri le plus déchirant trouve son langage le plus ferme, la révolte satisfait à
sa vraie exigence et tire de cette fidélité à elle-même une force de création[4]. »
Une telle
révolte se vit certes dans la solitude du moment créatif, mais aussi dans le
vécu qui éprouve les passions collectives, en tant que traduction esthétique
librement adaptée de la réalité de l’époque. Le style, pour Camus, constitue
donc une mise en forme effectuée par l’artiste en vue de réaliser son unité
d’être humain révolté, c’est-à-dire d’appeler par l’unification synthétique de
ses œuvres à l’unification de la réalité autour d’une dynamique de
refus/affirmation du monde.
Marcuse
soutient pour sa par que l’art est partie intégrante du monde et que c’est en
tant que telle qu’il peut se positionner en son sein. Poser une limite à
l’autonomie de l’art est donc la condition préalable à une véritable
inscription de l’activité artistique dans le social[5]. Merleau-Ponty complète cette vision lorsqu’il
affirme que l’artiste met en œuvre un style à partir de son expérience vécue,
concrète, du monde. S’inspirant de la vision de Malraux du style comme
« déformation cohérente », Merleau-Ponty conçoit le style comme
un « système d’équivalence » indissociable du monde qui entoure
l’artiste. En ce sens, « tout style est la mise en forme des éléments du
monde qui permettent d'orienter celui-ci vers une de ses parts essentielles[6] ». Si la forme et le contenu de l’œuvre sont dialectiquement
unis, de même le sont la fin et les moyens de toute action politique et artistique.
Le style,
compris comme démarche, prend donc la forme d’une allure dans l’histoire, d’une
manière d’avancer dans le monde au gré des forces confluentes qui s’y meuvent.
En tant que point de passage d’une dialectique liant la pratique artistique au
contexte socio-historique et à l’intentionnalité politique de l’action, le
style manifeste le monde comme « phénomène esthétique[7] ».
Si le style est indissociable de toute historicité[8],
il réfère aussi au rapport qu’entretient l’artiste avec l’espace, à la couleur
du lien qui l'unit au réel, et constitue en quelque sorte le prolongement
esthétique de son corps[9].
Une telle
posture nous permet de penser le style au-delà de l'histoire de l'art et donc
du caractère galvaudé du concept, mais
aussi de voir que la stylisation dépasse la reconnaissance publique/par les
pairs de l’artiste, trop souvent transformée en marque de commerce. Elle nous
amène à penser la forme de l’émancipation par la proposition qu’elle soumet à
la réalité établie, à la fois jugement sur le monde et « objectivation
sublimée » de ce qui mérite d’être sauvé[10].
Le principe même de l’art, où du moins son effectivité synthétique, se
situerait ainsi dans cette transformation esthétique radicale de – et à partir
de – la réalité. Puisque le pouvoir se manifeste aujourd'hui à travers des
formes diffuses et continuellement peaufinées, il convient de postuler qu’une
position liant style et émancipation concerne non seulement les artistes, mais
aussi l’ensemble des sujets actifs en société.
Du style artistique au style personnel
Le style n’est pas
l’apanage des artistes : pour Lacan, il renvoie à la notion même de
singularité, ce qui permet de se distinguer des autres et d’être reconnu. En
révélant le conflit entre la création volontaire et réaliste fondée sur la
connaissance objective et la nécessité imposée par la spontanéité créative
contre tout contrôle intérieur ou extérieur, le style en vient à caractériser
l'individu à travers une monstration des tensions qui l'animent[11]. Ainsi,
chaque individu possède son style personnel, qui se manifeste d’abord dans la
corporéité de l’être. En effet, pour Merleau-Ponty, le corps constitue notre
forme première, et donc le véhicule d’un style en tant que mise en forme du
monde dans l'acte, voire l’existence même[12]. À travers
le geste, volontaire ou non, l’individu se caractérise par un enracinement de
l’expression dans des schèmes corporels qui lui sont propres et qui lui
permettent d'accéder à une reconnaissance quelconque. De ce fait, la notion de
« système d’équivalence » s’applique aussi à la démarche, aux tics et
aux manies que nous associons aux gens qui nous entourent, avec lesquels nous
partageons un monde commun. L’individu communique, avec style, à travers son
corps qui devient l’instrument permanent de ses prises d’attitudes, de ses
relations avec les autres, le temps et l’espace. On peut ainsi voir, comme
Sontag, que si le style est notre manière d’apparaître, c’est qu’il est aussi
dans la plupart des cas notre manière d’être[13].
Le style personnel est
aussi véhiculé dans la parole à travers ce que Merleau-Ponty appelle le
« style articulatoire », mouvement effectif transmettant l'intention,
la pensée de l'individu par le biais de la prononciation, des intonations,
mimiques, etc. Le langage participe aussi à cette stylisation personnelle, à
partir du ferment de signification qui constitue notre pensée et notre langage
propre, par le choix et l'emploi du vocabulaire, de la construction des
phrases. Le style personnel renferme ainsi la signification formelle de l'existence
des individus qui se manifestent par la pensée et l'expression dans un même
mouvement à forte valeur affective[14].
Conséquemment, tout
individu vivant en société, à chaque seconde de sa vie, exprime sa subjectivité
par son corps et sa parole, communique son être dans un style qui lui est
propre, bien souvent comme le font les artistes. En effet, si pour Sontag tout
mouvement ou comportement venant montrer une déviation par rapport à son
expression directe, utilitaire et insensible peut être caractérisé de
stylistique, Merleau-Ponty va plus loin en affirmant que toute expression est
éminemment stylistique, ce qui rapproche considérablement le peintre qui
déploie sa virtuosité et le passant gesticulant pour rythmer sa conversation.
Une telle
posture nous permet-elle de dire que toute communication interpersonnelle et
sociale, puisque stylisée, est intrinsèquement esthétique? Pour Merleau-Ponty,
le style est à la base de la conjonction perception/expression, dialectique
fondant notre rapport esthétique au monde[15]:
si l'expression est fondamentalement stylisée, la perception l'est tout autant,
en tant que posture réceptive active. Le style est ainsi au fondement de toute
communication, qu'elle soit interpersonnelle, politique ou artistique, et
véhicule autant notre bagage culturel et historique que le paysage mental de
notre conscience[16].
De cette manière, la communication stylistique permet le partage significatif
des expériences, à partir des significations formant un monde commun entre les
individus, un « magma » social-historique donné[17].
Comprendre le
style personnel comme expression primordiale de notre être-au-monde nous permet
de l'associer à la stylisation artistique. En tant qu'êtres vivants, nous
mettons en forme notre vie à partir des éléments de notre monde, nous
traduisons stylistiquement nos buts, nos désirs; notre style propre colore nos
rapports au réel: chaque individu opère une déformation cohérente de la réalité
qui lui est propre, comme le font les artistes[18].
Une telle association est partagée par Sontag qui soutient que plusieurs
éléments de notre expérience, s'ils ne peuvent être classés comme gestes
artistiques ou objets d'art, possèdent néanmoins bon nombre de qualités
esthétiques et méritent donc d'être analysés à partir des schèmes liés à l'art[19].
Prétendre que
nous habitons stylistiquement – et donc artistiquement – notre monde peut
sembler n'être qu'une envolée vaguement poétique peu porteuse sur le plan
philosophique et politique. Or cette idée est en soi au fondement d'une
ontologie du devenir par les liens qu'elle entretient avec le mouvement
perpétuel et imprévisible de l'histoire. Elle possède aussi de nombreuses
implications politiques en nous rappelant non seulement d'accorder une
importance considérable à la forme de nos rapports politiques, mais en rejoignant
aussi l'idée de Camus selon laquelle nous créons notre existence, et donc
l'histoire, comme les artistes créent une œuvre d'art. En ce sens, le style
peut non seulement être perçu comme un pan important du principe actif de
l'esthétique, mais il se montre aussi comme le point d'ancrage à partir duquel
l'esthétique peut prendre effectivement forme dans la vie quotidienne.
Certes, ce
constat peut être à la source d'une nouvelle manière d'être, mais il
demeure difficile à déployer comme praxis de transformation du monde. Car
devant la nécessité de transformer les aspects déplorables de la réalité, le
style se heurte au vide de l'éparpillement de ses équivalences qui pourraient
le répercuter dans le réel, en quête de sa propre résonnance. Depuis le XIXe
siècle, on assiste à un grand nombre de tentatives visant à lier émancipation
et stylisation; à ce titre, les propositions situationnistes constituent des
pistes intéressantes pour intégrer le principe actif de l'art dans la vie quotidienne.
Le style de
vie: une tentative de praxis
émancipatrice
La tentative
d'intégrer l'état de création artistique et la stylisation dans la vie
quotidienne caractérise bon nombre d'avant-gardes artistiques du XXe
siècle (surréalistes, Cobra, automatistes, etc.). Une des voies les plus
achevées en la matière, et donc des plus significatives en ce qui nous
concerne, se trouve au sein des thèses de l'Internationale situationniste.
En effet, le
concept situationniste de « style de vie » vise précisément à
déployer dans la vie quotidienne la créativité radicale de la stylisation
propre aux artistes. Il consiste d'abord en un mode d'être authentique,
laissant libre cours à la spontanéité créative au quotidien pour permettre
l'expression totale de la liberté des subjectivités humaines, liberté partagée
par tous et toutes. Pour Vaneigem, le style de vie implique une réalisation de
soi et du monde à travers la mise en œuvre des rêves et des désirs propres à
chaque individu. Pourtant, une telle pratique ne saurait s'opérer conséquemment
sans une communication authentique, un mode d'être traduisant les valeurs des
individus de manière transparente et ayant pour modèle les plus intenses
relations d'amour et d'amitié[20].
Au-delà du
mode d'être et d'interaction avec autrui, le concept situationniste de style de
vie implique aussi de donner aux signes le poids de la réalité vécue par un
dialogue ouvert et non spectaculaire, de même que par un langage de la
spontanéité, du faire, venant corriger l'information marchandisée selon le
projet de réalisation de la poésie de la vie. En effet, Vaneigem soutient que
la spontanéité créative des subjectivités individuelles doit avoir une
conscience claire de sa poésie, comprise comme organisation cohérente des
signes authentiques: « L'œuvre d'art à venir, c'est la construction
d'une vie passionnante. [...] La poésie est [...] dans les faits, dans
l'événement que l'on crée. [...] [La poésie] réside avant tout dans les gestes,
dans un style de vie, dans une recherche de ce style[21]. » Or
ainsi comprise, la poésie individuelle ne prendra véritablement sens qu'en
participant à la poésie du monde, en prenant conscience de l'interdépendance
des gestes comme base de reconnaissance d'un projet commun, voire même d'une
identité humaine partagée, liant volonté de vivre et volonté d'organisation.
Les situationnistes promeuvent ainsi la pratique d'un style de vie « contre
les modes de vie, tous mythiques, immuables, quantifié[22] »,
refusant la hiérarchie, le sacrifice, le rôle au profit d'une liberté de
réalisation authentique, d'une transparence des rapports sociaux et d'une
transformation active de ceux-ci[23].
Les situationnistes
développeront donc autour du concept de style de vie une théorie de l'action
émancipatrice désireuse d'étendre la pure volonté de création à toutes les
formes de rapports humains. Pour ce faire, ils mettent en avant la création de
situations, comprise comme la construction concrète « (d')ambiances
collectives, (d')un ensemble
d'impressions déterminant la qualité d'un moment[24] »
pour en faire des instants radicalement passionnels exprimant la créativité
spontanée. Il s'agit ainsi de multiplier les aspects poétiques de l'existence
pour créer des lieux de passage vers un avenir qui permettra la réalisation
totale de l'être humain. Dans la pratique, les situationnistes ont développé
plusieurs tactiques pour mettre en œuvre un style de vie authentique: dérive,
détournement, comportement expérimental, urbanisme unitaire, etc. Ces pratiques
situationnistes visaient autant à réaliser la spontanéité créative des
individus qu'à lutter contre la société du spectacle dans le champ des loisirs.
La portée des thèses
situationnistes entourant le concept de style de vie ne se limite pas à la
nostalgie d'un discours soixante-huitard. Dès 1945, Merleau-Ponty arrivait à un
constat similaire: la manière dont les sujets font usage de leur corps met
simultanément en forme leur corporéité comme leur monde à travers un même
mouvement émotif, permettant la création de situations. L'auteur en appelle aussi
à une expressivité poétique qui ferait surgir un sens nouveau dans de nouveaux
espaces, une nouvelle temporalité[25].
De plus, pour
Merleau-Ponty, « l'action de culture » opérant à travers la
stylisation est notre mode premier d'action dans l'histoire, le moment où
l'intérieur se fait extérieur dans une dialectique unissant le monde à la
subjectivité qui l'éprouve, elle-même basée sur la dialectique de l'expression
et de la perception qui fonde la temporalité et la spatialité de l'être. C'est
seulement en faisant passer ses valeurs dans les faits que l'individu pourrait,
au-delà de toute intentionnalité ou résultat, s'inscrire dans l'histoire par la
construction de situations:
« Nous avons dans
l'exercice de notre corps et de nos sens, en tant qu'ils nous insèrent dans le
monde, de quoi comprendre notre gesticulation culturelle en tant qu'elle nous
insère dans l'histoire. [...] L'action ouvre un champ, quelquefois même elle
institue un monde, [...] elle dessine un avenir. [...] Par l'action de culture,
je m'installe dans des vies qui ne sont pas la mienne, je les confronte, je
manifeste l'une à l'autre, je les rends compossibles dans un ordre de vérité,
je me fais responsable de toutes, je suscite une vie universelle comme je
m'installe d'un coup dans l'espace par la présence vivante et épaisse de mon
corps[26]. »
Une telle conception de
l'histoire, au-delà des similarités qu'elle entretient avec les thèses
situationnistes, vient aussi poser l'émancipation comme quête historique
universelle.
Le concept de style de vie
comme unité se rapproche aussi de la stylisation telle que conçue par Camus. En
effet, si le style de vie opère à la fois l'unité du passionnel et du rationnel
et des subjectivités entre elles, rassemblant les instants qualitativement
poétiques de la vie, on peut l'associer à l'unité stylistique opérée à travers
la création artistique qui suppose une « tension ininterrompue entre la
forme et la matière, le devenir et l'esprit, l'histoire et les valeurs[27] ».
La conception
situationniste du style de vie donne ainsi un nouveau souffle aux thèses visant
à faire de la stylisation la forme d'une quête émancipatrice collective et
individuelle. Cette tentative de réaliser dans la vie le principe actif de
l'art ne va toutefois pas sans dérives et contradictions importantes.
Des pratiques détournées à
la dérive
Le concept situationniste
de style de vie constitue un point d'ancrage intéressant pour penser
l'inscription du principe actif de l'art dans la vie quotidienne et ainsi lier
théorie et pratique artistique et politique. Or, si de nombreuses actions
vinrent historiquement réaliser le concept dans la pratique, il demeure, dans
sa version contemporaine, plus souvent rattaché à des comportements bien
éloignés de l'idéal situationniste. En effet, bon nombre de pratiques
culturelles contemporaines, liées de près ou de loin aux thèses
situationnistes, en viennent à détourner radicalement le concept de style de
vie, lui enlevant toute substance politique. Nous nous attarderons
principalement à deux pratiques volontairement « rebelles » mais
politiquement inoffensives: l’anarchisme du style de vie (lifestyle anarchism) et le style hipster.
Dans un
premier temps, l’anarchisme du style de vie, qui constitue une importante
dérive contemporaine du concept situationniste de style de vie, est en quelque
sorte une radicalisation libérale du versant individualiste de l'anarchisme,
combinant des éléments de révolte contre-culturelle et de critique postmoderne.
Une telle position théorique, inspirée des thèses égoïstes[28],
consiste en une rébellion contre l'État et l'ordre dominant, mais aussi contre
la société en tant qu'ensemble totalisant. Elle prend la forme d'un style de
vie exalté – par la libération sexuelle, l'obsession des innovations
culturelles et la mode, les expériences spirituelles, etc. Bookchin s'en prend
à ces pratiques en les qualifiant d'escapades désorientées, de protestations
invertébrées et de prises de position autoréflexives, bref un engagement
apolitique et anti-organisationnel envers l'imagination, les désirs et l'extase
à travers un enchantement de la vie quotidienne intensément orienté et
recolonisée vers et pour soi.
Cet engagement
trendy et divertissant exclut la pratique militante et est rivé vers la
réalisation de soi, au détriment de toute forme de changement social[29].
Bookchin s'en prend particulièrement à Hakim Bey, théoricien du post-anarchisme,
dont la « zone d'autonomie temporaire » (temporary autonomous zone[30])
ne serait qu'une simulation de révolte, une insurrection retranchée dans
l'imagination, bien à l'abri d'un réel trop pénible à transformer:
« comme
le 'happening' de Andy Warhol, une zone d'autonomie temporaire est un événement
passant, un orgasme momentané, une expression flottante de la 'volonté de
puissance' qui est, en fait, évidemment impuissante dans sa capacité de laisser
une trace sur la personnalité, la subjectivité et même l'auto-formation de
l'individu, et encore moins de mettre en forme les événements et la réalité.
[...] ce genre d'anarchisme narcissique est socialement inoffensif, souvent
simplement une valve de sureté pour le mécontentement envers l'ordre social qui
prévaut[31]. »
Un tel style
de vie ne serait pour Bookchin que le privilège d'une minorité cultivée,
suffisamment libérée des responsabilités sociales et des contraintes
matérielles pour pratiquer une aventure de vie qui les concerne uniquement.
Au-delà de la
critique quelque peu réductrice qu'en fait Bookchin, l'anarchisme du style de
vie ne comprend qu'une partie du message situationniste, bien que ses
théoriciens s'en réclament. En dissociant la lutte des loisirs d'une action
politique radicale, l'anarchisme du style de vie rompt l'unité entre
spontanéité créative et poésie (organisante) qui sous-tend le concept
situationniste de style de vie, unité qui elle seule peut assurer l'effectivité
du concept. Si, pour Debord, la culture est le lieu privilégié de
reconstruction de l'unité qui s'est perdue dans la vie, l'action stylisée ne
saurait se confiner à la sphère culturelle sans nier son principe même de
transformation autonome de soi et du monde[32].
Une telle disjonction brise le support de tout l'édifice, qui s'écroule sous le
poids de sa propre incohérence.
Une autre illustration de
la dérive contemporaine du concept de style de vie peut s'incarner dans le
style hipster, qui se présente comme la plus récente de la rébellion
dans la culture. On peut d'abord définir le style hipster par une
appropriation artificielle des divers styles « rebelles » des époques
passées. Les hipsters se reconnaissent dans des marques de commerce
stylistiques développées à travers un réseau global réactualisant
continuellement l'esthétique hipster selon les évolutions mondiales de
la mode et du design. L'attitude hipster peut être caractérisée par une
position d'apathie nonchalante, d'ironie, d'hédonisme et d'individualisme
exacerbé, un style de vie très ritualisé composé de lieux cultes (bars,
événements artistiques, etc.), des moments privilégiés (la fête), de signes de
reconnaissance (keffieh palestinien, grandes lunettes fumées, leggings de coton,
etc.) et d'institutions valorisées (galeries d'art, bars spécifiques, lignes de
vêtements telles qu'American Apparel, etc.)[33].
Selon Haddow, le hipsterdom
est le produit final des contre-cultures précédentes vidées de leur potentiel
subversif et de leur originalité, un style soumis à l'obsession de la mode, du
capital culturel et des marchandises stylisées qui en découlent[34]. Le
style hipster constitue ainsi une synthèse superficielle des cultures
rebelles occidentales du passé dont l'agencement ironique constitue l'unique
nouveauté, une attitude de consommation spectaculaire basée sur la fausse
nouveauté et l'appropriation vide du passé, une culture qui « réunit le
séparé en tant que séparé[35] ».
Le style hipster se distingue toutefois des modes rebelles du passé par
sa proximité avec l'industrie de la mode. Le culte de l'image lié au
hipsterdom se manifeste entre autres par l'omniprésence des appareils photo
(et des réseaux web diffusant ces clichés) et par la même occasion des
photographes de mode qui écument les fêtes hipsters pour mettre au
diapason la gamme de produits de leur compagnie avec les plus récentes
tendances fashion. Les hipsters et leurs marques en viennent
ainsi à évoluer côte-à-côte, développant un « pseudo-monde[36] »
en tant qu'objet de contemplation détaché de la réalité. Cette nouveauté
radicale pousse les hipsters à mépriser tout élément de leur style qui
en viendrait à être adopté par de grands pans de la population: leur loyauté
culturelle se vit dans leur juste perception des tendances du moment et,
corollairement, dans leur abandon des tendances en perte de prestige.
Conséquemment, ce qui distingue aussi le style hipster des rébellions
culturelles précédentes est leur déni même de la dénomination
« hipster » : leur style se présente comme la négation même du style
en tant que tel, mais se constitue à partir d'une réaction « révoltée »
se déployant uniquement dans le champ stylistique.
La somme de ces
contradictions pousse Haddow à affirmer que « le
hipster est un groupe de consommateurs utilisant leur capital pour acheter de
la rébellion et de l'authenticité vide[37] ».
On assiste ainsi, comme le voyait Debord, à un glissement de l'avoir au
paraître, où la vie des individus devient leur produit:
« À
l'acceptation béate de ce qui existe peut aussi se joindre comme une même chose
la révolte purement spectaculaire : ceci traduit ce simple fait que
l'insatisfaction elle-même est devenue une marchandise dès que l'abondance
économique s'est trouvée capable d'étendre sa production jusqu'au traitement
d'une telle matière première. [...] La consommation spectaculaire qui conserve
l'ancienne culture congelée, y compris la répétition récupérée de ses
manifestations négatives, devient ouvertement dans son secteur culturel ce
qu'elle est implicitement dans sa totalité: la communication de l'incommunicable[38]. »
Si elle ne
garde presque rien de l'objectif des contre-cultures du passé, la culture hipster,
en tant que vide obsédé par sa propre autoréflexivité, est bel et bien à
l'opposé du concept situationniste de style de vie. Elle n'en garde qu'un
accent privilégié, mis sur la forme et la réalisation de soi, de même qu'une
propension aliénée au détournement.
Ainsi, le
style hipster et l'anarchisme du style de vie détournent radicalement le
concept situationniste de style de vie de son caractère politique radical et
émancipateur. Bien que Bookchin et Haddow montent quelque peu ces styles en
épouvantail, ce qui les rend plus faciles à brûler, il n'en demeure pas moins
que leurs critiques montrent les dérives contemporaines du concept
situationniste de style de vie. Elles nous permettent à tout le moins de
définir ce que ce concept n'est pas, et du même coup tout ce qu'il pourrait et
devrait être aujourd'hui, lorsque l'on cherche à intégrer la conception camusienne
du style artistique dans la vie quotidienne.
Limites de la
portée émancipatrice du style de vie
Si de telles
dérives pratiques entachent le concept situationniste de style de vie sans lui
enlever sa pertinence, elles montrent tout de même certaines de ses limites,
mises en lumière par différentes critiques théoriques.
Tout d'abord,
il nous faut souligner (sans insister toutefois vu l'abondante littérature sur
le sujet[39])
le caractère dogmatique des propositions situationnistes. En effet, les membres
de l'Internationale situationniste ont privilégié une attitude quasi-sectaire
concernant le concept de style de vie, qualifiant de traître quiconque ne
pratiquait pas leurs tactiques, malgré le fait que le concept de style de vie
favorise une quête d'authenticité propre à chacun-e, reposant sur le postulat
d'une créativité spontanée partagée par tous et toutes. La transmission des
valeurs à travers la forme de l'être et de l'action, la quête radicale
d'authenticité inhérente au concept de style de vie, qui dans son fondement
même sous-tend une diversité toute aussi radicale que les tactiques
privilégiées, semble plus porteuse. Une telle diversité, loin de dériver vers
un éparpillement individualisant, est la condition même du respect des
subjectivités dans leur mouvement d'atteinte de la part du monde et
d'elles-mêmes qu'elles considèrent les plus belles.
De plus, la
radicalité et l'apport politique fondamental du concept situationniste de style
de vie ne repose pas tant sur ses composantes que sur leur combinaison unifiée:
réalisation, communication et participation authentique ne peuvent être
séparées sans perdre leur sens propre. Or si Vaneigem avait compris que le
capitalisme spectaculaire réalisait ces trois moments sans les combiner[40],
il n'a pas su voir que les industries culturelles, loin d'être mises à mal par
les thèses situationnistes, allaient plutôt s'en inspirer pour se donner un
nouveau souffle. En effet, le système capitaliste contemporain, en séparant les
moments du style de vie situationniste, a fait de l'authenticité un concept-clé
du marketing contemporain, alors que la quête d'un style de vie meilleur est
devenue un des leitmotivs des publicitaires et des designers.
Janover est
sans doute celui qui a montré avec le plus d'acuité comment les thèses de
l'Internationale situationniste, loin d'être irréconciliables avec la société
spectaculaire, allaient au contraire donner une nouvelle impulsion à celle-ci
en lui fournissant les formes nouvelles que requéraient le mouvement effréné de
la concurrence et la croissance de l'économie des loisirs; le capitalisme,
avide de subversion à commercialiser, allait intégrer le versant culturel des
thèses situationnistes pour se faire un nouvelle beauté au goût de la rébellion
individuelle[41].
Les dérives que sont le style hipster et l'anarchisme du style de vie ne
sont que les manifestations les plus radicales de cette dynamique de
récupération. Elles constituent une radicalisation de la réalisation
situationniste de soi à travers la révolte culturelle, en toute conformité avec
l'ordre politique et économique dominant, un « subversif-conforme »
pour lequel les situationnistes auraient dressé la table.
Or la
récupération du concept situationniste de style de vie provient certes de
l'immense plasticité du capitalisme, mais tire aussi son origine des racines
mêmes des thèses situationnistes. En effet, en accordant toute la place à la
subjectivité individuelle au détriment des rapports sociaux, les
situationnistes ont ignoré les apports positifs de la construction sociale du
sujet. Tout comme Merleau-Ponty, ils ont perçu toutes les médiations comme une
altération de la spontanéité personnelle, galvanisés par la foi en la
transmission spontanée et immédiate de la créativité. Ce subjectivisme
radical, en mettant de coté l'apport des médiations sociales dans la
dialectique de perception/expression du monde, allait constituer un réservoir
théorique idéal pour l'hyper-individualisme capitaliste contemporain. Bon
nombre d'auteurs ont depuis montré en quoi la dépendance radicale des
subjectivités entre elles et envers la société recèle en fait un potentiel
révolutionnaire inouï lorsque comprise
comme déploiement politique de notre profonde humanité[42].
Si le concept situationniste de style de vie demeure intéressant pour lier
l'état artistique au mode de vie quotidien, il n'en demeure pas moins qu'il
devrait être développé pour chercher à mettre en œuvre des médiations qui
permettraient de réaliser cette authenticité en déployant un imaginaire radical
apte à transformer le monde.
Les
situationnistes ont voulu supprimer l'art pour réaliser son essence dans la vie
quotidienne. Le style fut un des points d'ancrage privilégié de ce mouvement
aux visées émancipatrices, ayant l'avantage de pouvoir qualifier cette nouvelle
forme de vie contestataire tout en détournant le sens galvaudé qui lui est
accordé en histoire de l'art.
Cependant, en
voulant abolir toute distance entre l'art et la vie, les situationnistes en
sont venus à saborder le potentiel révolutionnaire de l'art comme ouverture
d'une brèche dans le réel. En effet, Marcuse vient nous rappeler que la vérité
de l'art réside justement dans cette rupture avec la réalité quotidienne,
qu'elle soit exceptionnelle ou non; l'effort artistique visant à fusionner art
et vie serait non seulement vain, mais viendrait aussi miner la capacité de
différenciation de l'art face à l'établi, son caractère propositionnel radical:
« La
renonciation à la forme esthétique n'annule pas la différence entre l'art et la
vie, mais elle annule effectivement la différence entre l'essence et
l'apparence, différence qui est le lieu, le foyer de la vérité de l'art et qui
détermine sa valeur politique. La désublimation de l'art est censée libérer la
spontanéité, tant celle de l'artiste que du récepteur. Mais il se passe, à cet
égard, la même chose dans l'art que dans la praxis
radicale: la spontanéité ne peut faire avancer le mouvement de libération qu'en
tant qu'elle est médiatisée, c'est-à-dire qu'elle résulte de la transformation
de la conscience. Sans cette double transformation (des sujets et de leur
monde), la désublimation de l'art ne peut aboutir qu'à rendre l'artiste
superflu, sans démocratiser ni généraliser la créativité[43]. »
C'est donc en
préservant son autonomie que l'art pourra justement servir de bassin
d'inspiration pour réaliser l'émancipation politique des individus et sociétés,
émancipation qui ne sera pas l'œuvre de l'art mais plutôt celle de l'action
émancipatrice éclairée par les voies esthétiquement esquissées. Marcuse souligne
pourtant que l'autonomie de l'art ne réalise le potentiel révolutionnaire de
celui-ci qu'en étant une autonomie contradictoire, une tension perpétuelle
entre l'inscription dans la réalité sociale et la distance inspirée face à
cette même réalité; seule une telle contradiction pourra donner du pouvoir à
l'esthétique en faisant émerger une conscience et une perception nouvelle à
partir de l'expérience[44]. Si la
création artistique implique un détachement du monde, l'œuvre en tant que telle
constitue aussi un retour au monde sublimé; elle abolit momentanément le monde
pour en proposer une version intensifiée qui ouvre la voix à d'autres possibles[45].
Il convient de rappeler
que si les thèses de Camus et de Merleau-Ponty sur le style ont servi de
tremplin aux idées situationnistes en la matière, ces deux auteurs n'ont jamais
appelé à l'abolition de l'art en tant que sphère autonome, mais plutôt, comme
Marcuse, à une limitation de celle-ci. En effet, l'un et l'autre appelaient au
maintien de cette tension qui fonde l'autonomie contradictoire de l'art, qui en
fait une activité écartelée entre sa distance face au réel et sa transformation
du monde à partir de cette distance. C'est justement dans cet aller-retour que
peut résider le principe actif de l'art.
Le style d'une vie à créer
Le style, compris comme
quête d'unité entre la forme et le contenu, l'individu et la société, la
critique et la proposition constructive, constitue un horizon d'action pour les
artistes, ce qui en fait une part essentielle du principe actif de l'art. On
peut cependant aller plus loin en affirmant que si chaque être possède un style
propre à travers le corps et la parole, tout individu peut mettre en forme le
monde à partir de son unité stylistique, comme le font les artistes. Le concept
situationniste de style de vie est, à ce titre, une des tentatives les plus
achevées pour intégrer la créativité artistique dans tous les pans de
l'existence. Cependant, une telle vision du style de vie a été détournée de sa
portée radicale par des pratiques stylistiques contemporaines liées aux
évolutions récentes du capitalisme en matière de culture. Déjà mis à mal par
une telle récupération, le concept situationniste de style de vie peut
aussi sérieusement être remis en doute puisqu'il
menace l'autonomie de l'art à partir de laquelle l'activité artistique se
positionne comme principe actif.
Peut-être n'avons-nous
finalement pas résisté, en cherchant à montrer la pertinence d'une certaine
conception artistique et politique du style dans toute quête d'émancipation,
à utiliser le concept de style comme
« unité suspecte ». Car comme le souligne Adorno, l'utilisation du
concept de style est en soi idéologique, relevant d'une « conscience
fausse qui simplifie en leur faisant violence les phénomènes dont elle fait la
propagande[46] ».
Pourtant, une telle violence est inhérente à toute abstraction d'une réalité
aussi complexe que l'art, réalité que nous ne saurions transmettre et
comprendre qu'à travers l'acte créatif.
Or, si le style ne fait
que saisir la surface des œuvres, créant une fausse objectivité venant nier
l'action du sujet créateur, c'est que le concept ploie sous le poids de son
utilisation vide de sens, écrasé entre une historicité qui l'édulcore et un
présent qui le récupère comme appât de consommation. Le concept de style nous
permet à tout le moins de comprendre davantage la manière dont se réalise la
médiation entre le contenu et le phénomène esthétique, bref d'avancer dans
notre tentative de cerner l'ontologie de la forme en devenir de l'émancipation.
Quoiqu'il en soit, la
notion de style n'est en vérité qu'une queue de comète, pour reprendre la
métaphore de Husserl, incapable de saisir à lui seul le phénomène du principe
actif de l'art. On ne peut alors que se positionner directement dans cette
tension entre cet insaisissable principe actif et ses manifestations concrètes.
Car si ce phénomène est comme les autres pures abstractions qui nous
transcendent, une « continuité de phases, avec une phase la plus haute
dont nous disons qu'elle s'évanouit[47] »,
il n'en demeure pas moins qu'il illumine l'horizon de l'émancipation humaine,
ouvrant une voie esthétique vers les formes sensibles d'une vie à créer.
Hubert Gendron-Blais
Hubert Gendron-Blais est
étudiant en maîtrise de science politique à l'Université du Québec à Montréal.
Boursier du FQRSC et du CRSH, il s'intéresse aux liens unissant art et
politique à partir des concepts d'émancipation, de révolte et de création. Ses
recherches visent à orienter une pratique militante et artistique active.
[1]
Le style
a souvent été perçu comme une construction a
posteriori opérée par le récepteur de l'œuvre, n’ayant aucune conséquence
politique déterminée en tant que telle. Trop souvent associée à la forme
uniquement, la notion de style a été successivement portée aux nues ou trainée
dans la boue selon la position politique de ses commentateurs.
[2]
Depuis
Marx, le concept d'émancipation, quête aussi mouvante que perpétuelle
d'autonomie, implique à la fois un refus et une affirmation. Comme refus,
l'émancipation se réalise toujours à partir d'une critique de l'ordre actuel
des choses; on s'émancipe par rapport à un état de fait jugé comme néfaste.
Comme affirmation, l'émancipation implique une proposition constructive visant
à construire une société nouvelle autonome permettant à l'ensemble des
individus de réaliser leurs pleines facultés. (Voir à ce sujet Adorno, Marcuse,
Bookchin, etc.).
[3]
SONTAG
Susan, « On style », in Against interpretation and other essays, New
York: Farrar, Strauss et Giroux, 1966, p.
15-36.
[4]
CAMUS Albert, L'Homme révolté, Paris:
Gallimard, 1951, p. 334-335.
[5]
MARCUSE
Herbert, La Dimension esthétique, Paris: Seuil, 1979, p. 52-83.
[6]
MERLEAU-PONTY Maurice, « Le langage indirect et les voix du
silence », in Signes, Paris: Gallimard, 1960, p. 68.
[7]
SONTAG, op. cit.
[8]
Pour
Sontag, l’historicité du style se pose de trois manières différentes : 1)
tout style est situé et daté; 2) nous percevons les styles selon l’historicité
de ceux-ci, par comparaison; 3) la visibilité du style est en tant que telle le
produit d’une conscience historique.
[9] MERLEAU-PONTY, op. cit.
[10] MERLEAU-PONTY, ibid.
[11]
LACAN
Jacques, Écrits (tome 1), Paris: Seuil, 1966, p. 1-28.
[12]
MERLEAU-PONTY
Maurice, Phénoménologie de la perception, Paris: Gallimard, 1945, p. 127-241.
[13]
SONTAG, op.cit, p. 2.
[14]
MERLEAU-PONTY,
Phénoménologie de la perception, op. cit.
[15]
Pour
Merleau-Ponty, le style, en tant que système d'équivalence, matérialise le sens
par l'expression. Or si le style expressif d'autrui nous permet de percevoir le
monde, c'est que l'acte perceptif est en tant que tel la forme d'expression
d'une position réceptive.
[16]
MERLEAU-PONTY,
Phénoménologie de la perception, op. cit.
[17]
CASTORIADIS Cornelius, L'Institution imaginaire de la société, Paris: Seuil, 1975, p. 493-499.
[18]
MERLEAU-PONTY,
Phénoménologie de la perception, op. cit.
[19]
SONTAG, op. cit, p. 36.
[20]
VANEIGEM
Raoul, Traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations, Paris:
Gallimard, 1967, p. 178-298.
[21]
VANEIGEM,
op. cit, p. 209.
[22]
INTERNATIONALE SITUATIONNISTE. « La Cinquième Conférence de l'I.S.
à Göteborg », in Internationale
situationniste, Paris: Internationale situationniste, 1962, (En
ligne). URL: http://i-situationniste.blogspot.com/2007/
04/la-cinquieme-conference-de-lis-goteborg.html.
[23]
Il convient de préciser que Vaneigem est revenu sur le concept de style
de vie après sa rupture avec l'Internationale situationniste. Il approfondit
ainsi en 2002 sa conception du style de vie sans trop s'éloigner de ses
positions situationnistes: « Nous voulons créer un style de vie qui
privilégie à tout âge les jeux d'apprentissage, la créativité, l'émulation, la
curiosité, l'imagination, la passion de la découverte, l'ouverture à soi et à
ses semblables, l'éveil au corps en tant que lieu de jouissance, l'invention du
merveilleux, frappant ainsi de désuétude le fétichisme de l'argent, le travail,
la cupidité, la volonté de puissance, la combine, la manipulation, la
compétition, la concurrence, le calcul, l'agressivité, le repli caractériel, la
frime, l'exclusion, la séparation, la culpabilité, le sacrifice, la dépendance,
le clientélisme, le grégarisme, l'identification à un clan ou à une image de
marque ». VANEGEIM Raoul, Pour l'abolition de la société marchande: pour
une société vivante, Paris: Payot/Rivages, 2002, p. 128.
[24]
DEBORD Guy, « Rapport sur la construction des situations », in
Œuvres, Paris: Gallimard, 2006, p. 322.
[25]
MERLEAU-PONTY,
Phénoménologie de la perception, op. cit.
[26]
MERLEAU-PONTY, « Le langage indirect et les voix du silence »,
op. cit.
[27]
CAMUS, op. cit., p. 334.
[28]
Les
principaux théoriciens de l'anarchisme du style de vie (Hakim Bey, Susan Brown
et Jason Adams, pour ne nommer que ceux-là) s'inspirent entre autres de
Nietzsche, de l'anarchisme individualiste (Stirner, Warren, Spooner, etc.) et
puisent leurs thèses chez bon nombre d'auteurs qui ont pensé le
poststructuralisme et le post-modernisme (Deleuze & Guattari, Foucault, Lyotard,
Baudrillard, etc.).
[29] BOOKCHIN Murray,
“Social anarchism or Lifestyle anarchism”, in Social anarchism of Lifestyle
anarchism: an unbridgeable chasm, Oakland: AK Press, 2007, p. 4-25.
[30]
Au-delà du fait que Bey n'ait jamais vraiment défini ce qu'il entendait
par une TAZ, on peut voir que le concept illustre une série de pratiques et de
modes spontanés d'organisation visant à réaliser l'anarchie conçue comme
libération physique et psychologique des individus. Voir à ce sujet: BEY Hakim,
Zone d'autonomie temporaire, 1991, (En ligne), URL: http://www.lyber-eclat.net/lyber/taz.html.
[31]
BOOKCHIN, op. cit., p. 24-25.
[32]
DEBORD Guy, La Société du spectacle, Paris: Gallimard, 1992, p.
178.
[33]
Une telle théorisation du style hipster s'inspire de l'analyse de
Douglas Haddow, en y ajoutant des éléments que n'importe qui peut aujourd'hui
observer dans les grandes villes occidentales.
[34] HADDOW Douglas, « Hipster: The dead end of Western civilization », in Adbusters, Vancouver: Adbusters Media Foundation,
2008, p. 23-29.
[35]
DEBORD Guy, La Société du spectacle, op. cit, p. 30.
[36]
DEBORD, La Société du spectacle, op. cit., p. 1.
[37]
HADDOW, op. cit, p. 28.
[38]
DEBORD, La Société du spectacle, op. cit., p. 55 et 186.
[39]
Voir à
ce sujet Estivals (1968), Hastings-King (1999), Graeber (2006), Danesi (2008).
[40]
VANEIGEM,
op. cit., p. 245.
[41]
JANOVER Louis, Visite au musée des arts derniers, Paris: Éditions
de la Nuit, 2008, p. 22-78.
[42]
Voir à
ce titre Castoriadis (1975), Lévinas (1980) et Freitag (1986).
[43]
MARCUSE, op. cit, p. 63.
[44]
MARCUSE, Ibid.
[45]
CASTORIADIS Cornelius, Fenêtre sur
le chaos, Paris: Seuil, 2007, p. 51-97.
[46]
ADORNO Theodor, « Du mauvais
usage du baroque », in L'Art et
les arts, Paris: Desclée de Brouwer, 2002, p. 112.
[47]
HUSSERL Edmund, Sur la phénoménologie
de la conscience intime du temps, Paris: Éditions Jérôme Millon, 2003, p.
183.
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