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Editorial # 2: « L’art, un principe actif ? »

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« Principe actif : partie composante d'un corps chimique ou d'un médicament, qui lui confère des propriétés particulières. » (Dictionnaire français de médecine et de biologie, t. 3, 1972)

 

« L’art, un principe actif ? » Cette question constituait, à peu de choses près, la totalité de l’appel à contributions que nous avons lancé pour ce numéro. Il nous importait de laisser ouverts tous les possibles, toutes les pistes pour tenter d’approcher ce que l’art – ce que nous appelons « art », ce qui nous parle et nous saisit comme art – produit comme réaction, au sens chimique du terme, dans notre espace intime et dans notre espace commun.

 

Des arts plastiques aux arts de la scène, en passant par la musique ou la littérature, de la « Vieille Europe » au « Nouveau Monde », d’hier à aujourd’hui, les propositions que nous avons reçues ne se privent pas d’explorer de multiples horizons, parmi une infinité d’autres sans doute. L’art pour guérir. L’art pour apprivoiser la mort, les morts. L’art pour s’inventer une identité. L’art pour sauver l’éphémère, l’art pour sauver la mémoire. L’art pour reconfigurer les coordonnées du réel pas si inamovibles qu’on le croit, l’art pour s’expérimenter autrement. Les principes actifs de l’art pour faire fuir la belle assurance de l’Art institutionnalisé.

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L’ « Art de l’autre » : Alix Cléo et Jacques Roubaud

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Alix Cléo Roubaud, gravement asthmatique depuis l’enfance, était hantée par la maladie et la mort. Mais elle était aussi photographe et il semble que la photographie ait joué un grand rôle pour l’aider à vivre. Terrassée par une embolie pulmonaire à 31 ans, elle laisse son mari seul. Or, pour Jacques Roubaud, l’écriture devient le seul geste efficace pour vaincre l’anéantissement et penser la mort de l’être aimé. Il se lance dans un exercice systématique de « prose de mémoire », qu’il intitule Le Grand Incendie de Londres, et un travail de poésie qui donnera Quelque chose noir.

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« Dans le style » : esquisse d’une mise en forme de l’émancipation

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« Mais les êtres s'échappent toujours, et nous leur échappons aussi, ils sont sans contours fermes. La vie, de ce point de vue, est sans style. Elle n'est qu'un mouvement, qui court après sa forme, sans la trouver jamais. »

Albert Camus (L'Homme révolté)

En cette ère où s'accumulent et se dispersent les sphères détachées du monde sensible, l'art est à la recherche du principe même de sa propre inscription dans le réel, et donc de sa capacité à transformer celui-ci. La notion de style, trop souvent évacuée en sciences sociales, constitue un point d'appui significatif pour développer une réflexion sur le caractère manifeste de l'art.

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Claude Régy et François Tanguy, artisans d’un théâtre apolitiquement politique

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« Le politique ne peut apparaître au théâtre que de façon indirecte, sous un angle oblique. Le politique acquiert de l’importance au théâtre uniquement à cette condition précise que l’on ne peut en aucun cas le traduire ou le retraduire dans la logique, la syntaxe et la terminologie du discours politique en usage dans la réalité sociale. Cette constatation nous mène directement vers une formule paradoxale, en apparence seulement, à savoir que l’on doit penser le politique non pas comme représentation, mais comme irruption du politique. »

Hans–Thies Lehmann, « Sarah Kane, Heiner Müller : approche d’un théâtre politique » in Danan, J., Ryngaert, J.–P., Ecritures dramatiques contemporaines (1980-2000) - L’avenir d’une crise, Etudes Théâtrales, n° 24–25, Louvain-la-Neuve, 2002, p. 162–163.

 

Pensé comme « irruption du politique », le théâtre politique contemporain est un contre–modèle au réalisme politique qui, à partir d’un maillage implacable d’images et de discours, impose une représentation unique qu’il prétend être la seule version possible du monde. Ceux qui contestent les « vérités » de ce réalisme politique sont taxés d’immaturité et de fantaisie. Résistant à ce dogmatisme politique, l’esthétique affirme que le monde n’existe pas en dehors des représentations qu’on en a et qu’il y a, dès lors, autant de mondes que de visions du monde. Démultiplier les angles, réaliser des contrechamps : le combat est aujourd’hui esthétique.

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« Des machines à faire des vierges » – Etude analogique entre la pratique artistique de Piotr Kowalski et le training de l’acteur

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Piotr Kowalski (1927-2004) demeure incontestablement un électron libre, un artiste difficilement classable dans les taxinomies actuelles des historiens de l’art. L’étude de son œuvre protéiforme, ancrée cependant dans une démarche des plus cohérentes, tend à démontrer que le principe actif prend forme dans une perspective synaptique. L’homme n’a eu de cesse de créer des zones de contact en confrontant le vocabulaire artistique et scientifique. Ainsi, Piotr Kowalski rend le spectateur actif en déconstruisant dans un premier temps ses acquis. La (re)construction qui s’ensuit se formule comme une mise en abyme : apprendre à apprendre. L’analogie avec le training d’acteurs, et plus précisément les pratiques de l’Odin Teatret, élargira l’analyse de cette démarche. Comment apprend-on à apprendre ? Comment rendre la perception vierge ? A travers cette association entre production plastique et exercice de l’acteur, la démarche artistique tend à se définir comme processus de recherche.

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Le théâtre autochtone du Québec : un art porteur d’identité

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Pour se faire une idée des avancées artistiques autochtones au Canada et plus spécifiquement au Québec, du type de rapport qu’entretiennent autochtones et non autochtones et de la place occupée par les Arts autochtones et notamment le théâtre autochtone, il faut sans conteste tenir compte de la situation coloniale qui perdure à l’endroit de ces populations.

Depuis plus d’une décennie, 300 millions d’autochtones présents dans septante pays se regroupent et s’organisent, formant une vaste communauté d’intérêts reconnue et légitimée par les Nations Unies depuis 2007 et donnant à leurs revendications identitaires une portée politique internationale.

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La chanson de tradition orale pour enfants en langues kanak (Nouvelle-Calédonie) : un principe musico-culturel actif, en renouvellement constant

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Il ne s’agit pas dans cet article de momifier la tradition du chant enfantin, mais plutôt de fournir des éléments précis de réponse sur son fonctionnement et son évolution. Je chercherai donc à démontrer comment, en tant que phénomène musico-culturel actif, elle se perpétue, se transforme et se réactualise dans une société elle-même en pleine mutation.

Malgré l'irruption des Occidentaux dans son univers en 1774, cette civilisation a pu conserver l'essentiel de la culture qui fonde sa vie sociale et sa pensée, tout en s’adaptant à la présence des Européens. Longtemps considérés comme des acteurs de formes culturelles révolues, comme « des spécimens sortis de la préhistoire », les Kanak ont affirmé leur identité, depuis le festival Melanesia 2000 en 1975 et l’émergence des mouvements indépendantistes. La musique, la danse, l’art plastique et la littérature en sont l'expression privilégiée.

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« Inventer un art instituant » : rencontre avec Werner Moron autour de sa pratique des « principes actifs de l’art »

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S’ouvrir au dehors, créer des liens, multiplier les pistes, forger patiemment les articulations entre différentes compétences : tels sont les soucis constants de Werner Moron dans sa pratique artistique. « Une œuvre d’art, collée au mur, éclairée avec un spot, ça, c’est le 20e siècle », nous explique l’artiste au sein du « musée de l’éphémère », au pied du terril du Thier, en banlieue de Liège.

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« L’art pour mieux vivre » : conversation avec Frantz Zisseler, artiste-plasticien

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Le but de cet entretien est de réfléchir sur les différentes approches générées par le rôle et statut de chacun, de confronter des points de vue, de les provoquer et d'en débattre. Il importe, dans ce débat à deux voix, de laisser la parole libre s'exprimer, de ne pas la laisser s'enfermer dans un discours consensuel ou aseptisé. Quel point de vue adopte le praticien ? Quel regard porte le consommacteur culturel ?

 

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PUBLICATION: Stéphanie Lemoine et Samira Ouardi, "Artivisme, art militant et activisme artistique depuis les années 1960", Editions Alternatives, 2010

Artivisme, art militant et activisme artistique depuis les années 1960

Stéphanie Lemoine et Samira Ouardi

Editions Alternatives, 2010

Présentation par l'éditeur: "L’artivisme est l’art d’artistes militants. Il est parfois l’art sans artiste mais avec des militants. Art engagé et engageant, il cherche à mobiliser le spectateur, à le sortir de son inertie supposée, à lui faire prendre position. C’est l’art insurrectionnel des zapatistes, l’art communautaire des muralistes, l’art résistant et rageur des féministes queers, l’art festif des collectifs décidés à réenchanter la vie, c’est l’art utopiste des hackers du Net (hacktivistes d’une guerilla teckno-politique), c’est la résistance esthétique à la publicité, à la privatisation de l’espace public… Dans cette galaxie, on trouve JR, Zevs, les Yes Men, les Guerilla Girls, Critical art ensemble, Reclaim the streets, Steven Cohen, Reverend Billy, etc. Sur près de 200 pages largement illustrées, Artivisme dresse un état des lieux des pratiques contemporaines d’art radical."

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Notre numéro 2: "L'Art, un principe actif ?" ...

... a pris un peu de retard mais ne va pas tarder à arriver !

Merci pour votre patience !

Editorial # 1 : « Existe-t-il un théâtre européen ? »

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L’identité européenne semble être un concept très prisé ces temps-ci, premièrement parce que, même si la construction européenne va bon train aux niveaux économiques et administratifs, l’Europe peine à se faire reconnaître comme entité cohérente par ses citoyens (voir le succès des groupes politiques « anti-Europe » aux dernières élections européennes), deuxièmement parce qu’elle s’agrandit, vers les pays de l’ex-bloc de l’Est et la Turquie notamment. Or cet agrandissement pose une question que certains trouvent essentielle : avons-nous une identité commune avec des pays n’ayant pas les mêmes langues, les mêmes croyances religieuses, le même passé historique que nous ? Cette interrogation témoigne, constatons-le au passage, d’une vision très ethno-centrée de l’Europe.

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«La rage turque, c’est sans doute la même que la rage bretonne»: entretien avec Xavier Queipo du Collectif des poètes bruxellois à propos de la 'Constitution européenne en vers'

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Originaire de Galicie et biologiste de formation, Xavier Queipo s’est installé il y a vingt ans à Bruxelles pour travailler à la Commission européenne sur les affaires maritimes et la pêche. Mais il est aussi un auteur et un traducteur (vers le galicien) attaché à la vision d’une Europe large, plurielle, terre d’accueil de minorités ethniques, religieuses et linguistiques. C’est cet attachement qui l’a invité à être l’un des instigateurs, avec David Van Reybrouck, Peter Vermeersch, Geert van Istendael, Manza et Laurence Vielle, du projet de La Constitution européenne en vers lancée par le Collectif des poètes bruxellois au début de l’année 2008. Aujourd’hui, ce texte comptant pas moins de cinquante-deux auteurs et écrit dans la langue d’origine de chacun d’entre eux fait l’objet d’une publication, de lectures publiques et a été nominé au Prix du livre européen 2009 (1). Entretien en roue libre avec le poète sur l’Europe et le rôle que les intellectuels ont à y jouer.

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L’Europe révolutionnaire en scène face au « drame national helvétique » : la genèse conflictuelle de la Suisse contemporaine, Zeltner ou la Prise de Soleure de Pierre Ochs

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L’analyse de Zeltner ou la Prise de Soleure, s’inscrit dans les interrogations du premier numéro de la revue électronique scenes-contemporaines.be à savoir : existe-t-il un théâtre européen ? Le « drame national helvétique » que constitue Zeltner ou la Prise de Soleure témoigne de l’intense production dramatique suisse pendant la décennie révolutionnaire. Le regard particulièrement instructif de Pierre Ochs sur la genèse des fondements de l’Europe actuelle est aujourd’hui injustement oublié. Or, cet homme d’Etat bâlois francophile, passé à la postérité comme auteur de la première constitution helvétique, a créé la nation en politique, puis l’a imaginée de manière scénique. Véritable trait d’union entre la France et la Suisse (1), ce dramaturge a contribué à renverser l’Ancien Régime et a tenté de lui substituer un ordre nouveau. Certes, ce texte théâtral ne participe pas de l’histoire du temps présent. Cependant, cette pièce écrite en français (2) éclaire l’histoire de notre temps et suscite un intérêt historique et littéraire légitime au XXIe siècle.

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L’espace urbain, la jeunesse et la violence dans la dramaturgie française et polonaise à la fin du XXe siècle: Pit-bull de Lionel Spycher et Tue-les tous de Przemysław Wojcieszek

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« L’important c’est qu’on se saisisse de l’occasion du théâtre pour éprouver du discours, entendre des paroles, enfin…du sens. Quand certaines choses ne sont pas dites, prononcées en public, je trouve ça grave, il me manque quelque chose. Le théâtre est là pour cela (1). » Przemysław Wojcieszek et Lionel Spycher remplissent parfaitement cette mission de sensibilisation au monde actuel. Leurs deux pièces appartiennent aux théâtres originaires de pays assez différents malgré leur appartenance commune à l’Union européenne : d’un côté la France, pays d'immigration à la république affirmée ; de l’autre la Pologne, à la recherche de son identité nationale, culturelle, politique, économique et sociale actuellement dans une phase transitoire suite aux premières élections démocratiques de 1990. Si chez L. Spycher les poubelles brûlent, chez P. Wojcieszek les voitures s’enflamment.

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