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"Indignez-vous ! Enragez-vous ?", lettre de soutien au campement de la Place St Léonard à Liège par Werner MORON

"Bien sûr que tout est trop lent, pas dans la bonne direction… Que le passage du questionnement aux décisions crée des clivages.

Bien sûr que ceux qui vivent là (sur les places dans leurs tentes) n’étaient pas les premiers. Que vous y aviez pensé depuis longtemps, que nous avons imaginé pas mal de solutions, que nous avons des convictions, des principes.

Parmi ces principes, combien sommes-nous à trouver que la vitesse est devenue vulgaire ? Qu’elle nous tue ? Combien sommes-nous à penser que la direction pognon n’a que trop duré ? La direction pognon ? C’est l’abolition de la direction : pas de politique, pas de morale, pas d’humanité. La direction c’est un goulot vers le pognon, et nous derrière on assume sous pression.

Y’a pas le choix mon petit. C’est comme ça. Cesse de rêver. Lève toi plus tôt et gagne. Gagner mais par où ? Bah dans la direction unique de ceux qui gagnent.

Dans les campements sur les places, les directions prises sont liées au concret du ici et maintenant, il n’y a plus le père patron et la mère pognon, nous sommes désarçonnés.

Bien sûr qu’il n’y a pas de bonne direction dans laquelle nous entrons tous et complètement. Vouloir créer un réel en commun, c’est créer un ruisseau, une raison contradictoire, c’est créer un delta d’expériences où les ruisseaux se cherchent, c’est créer un delta dans lequel nous sommes un ruisseau cherchant chacun sa rivière, cherchant chacun un amont et un aval. J’ai vécu trop longtemps et à mon insu sous les conseils de papa maman pognon, ces parents sont d’autant plus diaboliques qu’ils adorent être détestés et qui ne dénoncent jamais lorsque nous les possédons un peu. On croit toujours les posséder, en avoir juste ce qu’il faut pour le combattre. Dans le campement, tout nous manque, qui est-ce qui commence ? Qui commande ? Que doit-on faire ? Quelle est votre idée ? Il faut ceci, cela. Où est l’ennemi ?

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"Artistes et autres grugés de tous les pays, unissez vous !", appel lancé par Victor GINSBURGH, chercheur à l'ECORE

Nous diffusons ci-dessous un texte qui nous a été envoyé par Monsieur Victor Ginsburgh, professeur et chercheur en économétrie et économie de la culture à l'ECORE (Universités Libre de Bruxelles et de Louvain-la-Neuve), ce 19 avril 2010:

"Un vent favorable a déposé sur ma table le rapport de la Commission permanente de contrôle des sociétés de perception et de répartition des droits (d’auteur et associés) en France. Cette Commission, dont font partie plusieurs membres de la Cour des Comptes, a la responsabilité de publier chaque année un rapport sur la gestion des sociétés d’auteurs. Le dernier date d’avril 2010 (1) ; il porte sur leurs comptes ainsi que sur le contrôle des politiques des rémunérations qu’elles pratiquent.

Amusant si l’on peut dire, en tout cas pour les patrons de ces sociétés. Moins amusant pour les artistes et autres grugés qui, après tout ce qui leur a déjà été dit, continuent de faire confiance à ceux qui les embobelinent.

Voici quelques faits et chiffres révélés par ce rapport.

D’abord, il existe des sociétés qui n’ont aucun personnel propre pour procéder aux opérations de perception. Elles ont donc recours à d’autres sociétés pour ce faire et sont censées reverser les sommes perçues. Un exemple intéressant, qualifié d’ « étonnant » d’ailleurs dans le rapport dont question plus haut. Je cite. « Une partie des droits que la SEAM et la SOFIA déclarent recevoir de la SORECOP, sont en réalité perçus auprès des redevables de la SACEM, qui facture ensuite cette prestation à la SDRM, qui la refacture à la SORECOP, qui la facture enfin à la SEAM et à la SOFIA, en qualité de mandataire ». En voici une autre pour autant que nécessaire : « Les droits perçus par la SORECOP sur la copie privée sonore sont affectés à l’ADAMI, à la SPEDIDAM, à la SCPA et à la SDRM. Cette dernière en affecte une fraction à son tour aux sociétés d’auteurs : la SACD, la SACEM et la SCAM, tandis que la SCPA opère un reversement à la SCPP et à la SPPF ». Manifestement, la Commission ne s’y retrouve pas trop. Moi non plus d’ailleurs. Le rapport souligne que le nombre élevé des sociétés et leur superposition suscite de nombreux flux croisés entre elles : 638 millions d’euros en 2008, soit plus de 50% des droits perçus.

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